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Une possibilité de pédagogie différenciée réaliste: principes

L’idée est simple : plutôt que de corriger-aider les étudiants avec un enseignant pour un groupe, on peut faire en sorte que chaque apprenant soit l’enseignant de l’autre, c’est-à-dire un soutien à ce que chacun apprenne, intègre au mieux. L’idée n’est pas nouvelle, voici simplement un exemple d’application pour la production écrite. A vous de voir ce que vous prenez, laissez. Premier article sur l’aménagement théorique, avant un second sur les conseils plus spécifiques et retours de pratiques.

Au fil de l’article, vous pourrez télécharger  librement des documents-exemples illustrant cet exercice.

[box type= »note » style= »rounded » border= »full »]Par binôme nous indiquons tantôt le duo d’apprenants, tantôt l’apprenant qui guide celui qui détermine ses objectifs (à tour de rôle) ; il nous semble que selon le contexte le sens est relativement clair. Pour gagner en clarté nous ajoutons une majuscule à binôme lorsqu’il renvoie au duo.[/box]

Organisation du travail en binômes

Dans le groupe classe les étudiants se mettent par deux pour la durée du cours (quinzaine, mois, semestre etc).

  • libresIl est bien sûr préférable d’attendre quelques heures/jours de cours, afin que les Binômes soient fiables : attendre la fin des changements de groupes, la stabilisation du groupe et des débuts d’affinités.
  • Concernant les affinités, chaque enseignant remarquera comment il juge préférable d’encourager la constitution des Binômes. Si des apprenants très proches seront sans doute dynamiques et plus à l’aise, leur progression ne sera néanmoins pas toujours optimale : il se peut qu’ils ne jouent pas le jeu de l’effort de faire remarquer à l’autre ce qui ne va pas. Dans le cas de groupes internationaux, il se peut aussi que les Binômes d’amis favorisent l’utilisation d’une langue maternelle… A contrario les Binômes de personnes complètement différentes peuvent permettre de véritables richesses, du fait de l’ouverture permise par ce type de travail (voir plus bas), mais évidemment aussi des incompréhensions plus nombreuses.
  • En cas de problème les Binômes peuvent bien sûr changer, mais cela se fait de manière exceptionnelle, afin que chacun cherche d’abord à s’investir.

Pour visualiser le parcours, voici une chronologie exemple :

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Distribution d’un tableau d’objectifs

Il s’agit d’un tableau vierge distribué à chaque étudiant. Il y figure son nom ainsi que celui de son binôme (l’autre étudiant du duo), les objectifs, les dates et les résultats.

Pour mieux envisager cet outil, voici un tableau destiné aux apprenants :

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Détermination d’objectifs par les apprenants

Les étudiants prennent le temps de déterminer ensemble et pour chacun un objectif : cela peut se faire à l’occasion d’un travail rendu. L’enseignant distribue par exemple des productions écrites corrigées et les Binômes observent ensemble les copies, successivement, afin d’observer et de discuter sur une priorité réaliste qui n’est pas au programme des acquisitions à faire dans le niveau du groupe actuel, mais doit déjà être du domaine de l’acquis (postulat : il y a toujours dans la progression des « trous », des manques qui renvoient à un niveau inférieur dans les progressions habituelles). Les apprenants évaluent le pourcentage d’efficacité sur le point concerné, et l’objectif : par exemple ils évaluent/observent (et l’enseignant valide) que l’étudiant respecte une règle à 30%, au quart en volume des occasions de la respecter, et que l’objectif est de parvenir à la respecter au deux tiers, au trois quart etc.

Contrôle des objectifs par l’enseignant

Il s’agit de vérifier que les objectifs concernent bien des éléments qui devraient déjà être acquis si la progression avait été parfaitement linéaire et complète. Certains étudiants ambitieux auront tendance à vouloir choisir un objectif du niveau supérieur, ce qui peut sembler, même (et surtout !) de manière marginale problématique pour l’ambiance de groupe autant que pour l’intérêt et l’évaluation du travail… Certains étudiants très à l’aise en grammaire pourront donner l’impression qu’ils ont tout acquis. Dans ce cas c’est à l’enseignant d’inviter l’apprenant à réfléchir par exemple en terme de communication, d’expressions, de fluidité de la langue etc.

Pour mieux envisager cet outil, voici un tableau reprenant ce point :

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Définition d’un délai commun à tout le groupe

horloge

  • L’enseignant informe le groupe qu’à l’occasion d’un test (de PO, de PE etc) il vérifiera où chacun en est, et que cela doit permettre à chacun de voir comment il a progressé et comment il a aidé l’autre à progresser, ce qui peut être amélioré dans le Binôme aussi bien que dans le travail personnel. Prévenir : il est normal qu’il faille modifier des choses dans la communication, pour qu’elle puisse être encore meilleure et la progression plus rapide.
  • D’expérience, un délai intéressant est de 15 jours-3 semaines. Pour des personnes très investies comme pour des apprenants avec peu de cours, un travail précis sur 15 jours semble possible, même si c’est à chacun de voir sa vitesse d’apprentissage. Certains régleront et intégreront une question de grammaire en quelques jours ; d’autres auront besoin de passer dessus, de prendre leurs repères etc. Prévenir les apprenants de cela : chacun à son rythme et le binôme n’impose pas son rythme à celui qui apprend. Il nous semble important de ne pas dépasser 3 semaines pour éviter essoufflement (le cours continue par ailleurs : il y a des objectifs de groupe…) ou lassitude.

Travail durant ce délai

Il faut bien sûr répéter l’information d’une échéance (le test) ainsi que la bonification, mais aussi les enjeux : en travaillant sur des objectifs précis et adaptés à chacun on peut progresser beaucoup plus vite, affronter ses difficultés individuellement, se motiver. En fonction du calendrier des cours il est important qu’un rythme se mette rapidement en place et ne s’essouffle pas : d’où l’idée de tests au plus tard 3 semaines après avoir fixé les objectifs.

Test

écrire Le test est un énoncé général unique à aménagements individualisés (en fonction de chaque objectif individuel). Comme les objectifs prennent place dans un même niveau, avec fréquemment des étudiants qui visent un DELF (par exemple), les objectifs peuvent être identiques pour plusieurs étudiants en ce qui concerne le thème à travailler. Toutefois l’objectif est clairement différent du thème : un objectif c’est un thème avec une perspective de progression et d’efficacité précise, ainsi qu’un délai à respecter grâce à des techniques et des efforts.

Le test se présente donc comme un énoncé simple auquel s’ajoute une précision. Par exemple le sujet peut être :

« Vous participez à un jeu-concours. Vous devez raconter vos dernières vacances : vos habitudes, certains événements positifs et vos impressions, qui donnent envie d’aller dans le lieu de vos vacances ». La précision pour un apprenant ayant choisi comme objectif de penser à mettre des articles (un objectif parfois nécessaire à conscientiser même dans des niveaux plutôt avancés…) peut être : « vous utilisez des articles quand c’est nécessaire, et dans votre texte il y a au minimum X noms (expliquer qu’il s’agit de noms communs) ».

Le barème proposé par l’enseignant est bien sûr totalement libre. Le plus souvent je donne entre 12 et 15 points à l’énoncé général et entre 5 et 8 points aux objectifs individuels. Cela varie également en fonction du nombre d’objectifs : quand un binôme a pris l’habitude de travailler et si les étudiants disposent de beaucoup de temps libre (hors programme intensif donc) ils peuvent se fixer deux objectifs.

L’enseignant invite à la plus grande bienveillance dans le Binôme

C’est le point essentiel de la présentation de ce travail, et le plus important est là. Cet exercice est comme tous les autres : bien préparé ou mal préparé il fonctionnera d’autant mieux que l’enseignant insufflera de la vie à son cours, et la laissera circuler entre les apprenants. Insistez sur le fait que c’est dans les émotions positives (et si possible soyez encore plus que d’habitude dans le positif lorsque vous le dites !) que le changement et l’acquisition se font le plus simplement.

Chacun aide, encourage, gère les moments où il corrige, dit les problèmes, et les moments où il ne les fait pas remarquer ; le binôme communique bien sûr sur ce sujet : ce qui est plus adapté à l’autre, comment il apprend au mieux, quel rapport à l’apprentissage etc. L’enseignant ne peut pas (et selon beaucoup, n’a pas à) être un psy, mais rien n’empêche les étudiants d’aller chercher à comprendre leurs blocages. Laisser faire cela dans certains cas est de notre point de vue moins dommageable que laisser des étudiants « stagner » pendant des semaines-mois-années.

Autre croyance que j’ai : nous (enseignants) sous-estimons très souvent les apprenants et leurs capacités à pouvoir à un moment dévoiler des capacités qui dépassent le seul apprentissage du français. Ils viennent en classe, donnent de leur temps, de leur vie, et rien ne dit que ces révélations, changements soudains, prise de conscience ou de confiance que de nombreuses personnes vivent ne puissent pas se faire en ou par le cours de français.

La note de l’autre bonifie la mienne

C’est un point délicat car forcément il peut y avoir de fortes disparités du fait d’écarts de motivation, de travail réel, mais surtout de difficulté entre certains objectifs quasi illusoires (par exemple maîtriser le subjonctif dans un niveau A2), et d’autres « paresseux ». De là peuvent éventuellement surgir de légères (voire sévères) jalousies entre ceux qui ont une bonification pour un objectif trop facile à respecter et ceux qui n’en ont pas, car ils ont déterminé un objectif trop ambitieux. Le point « d » est donc très important, de même que le fait d’indiquer au plus tôt qu’il s’agit d’une bonification et de rien d’autre : en aucun cas le binôme ne peut perdre de point si l’autre étudiant rend un travail catastrophique. A l’inverse la bonification restera quantitativement limitée : on imagine mal donner l’équivalente de 50% des points d’un test à un binôme parce que son associé a réussi une belle copie.

En revanche on peut imaginer des bonifications de ce type :

  • si l’objectif est atteint à 50%, bonification d’un demi-point pour le binôme
  • si l’objectif est atteint à 100%, bonification d’un point pour le binôme
  • si l’objectif est atteint à plus de 100%, bonification d’un point et demi pour le binôme