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Jim-Carey_ExcitedTous, dans nos expériences de formation et d’enseignement, nous avons pu remarquer que nos apprenants manifestent des émotions en situation d’apprentissage. La rubrique « Vie de prof » du blog et notamment le Tumblr « Quand un étudiant part en me disant que le cours était génial aujourd’hui » nous donne à voir des émotions positives. Les formateurs travaillant auprès de certains publics fragilisés comme les publics migrants pourraient quant à eux témoigner de la manifestation d’émotions négatives (tristesse, peur…) ; la situation migratoire de ces apprenants ayant été souvent peu choisie mais davantage subie en raison de conditions de vie difficiles dans leur pays d’origine.

Apprendre, c’est créer

Apprendre, c’est trouver une solution nouvelle face à un problème. « Comment vais-je expliquer mon souci de santé au médecin ? », « Que dois-je mobiliser pour comprendre un courrier des impôts ? », « Par quel bout m’y prendre pour écrire une lettre de motivation ? », etc.

Graham Wallas (The art of thought, 1926) a distingué 4 stades dans le parcours de la créativité.

  1. Au cours de la préparation, la personne prend conscience du problème à venir.
  2. S’en suit une période d’incubation où inconsciemment, le sujet pense à la résolution du problème posé. C’est le temps du « ça me trotte dans la tête ».
  3. Puis vient le « mais c’est bien sûr ! ». Pendant cette phase dite d’illumination, la personne n’a pas encore la solution au problème mais a la conviction d’être sur la bonne voie.
  4. Enfin le quatrième stade ou stade de la vérification viendra lever les doutes en vérifiant la pertinence de la solution proposée.

Les émotions : un soutien à la créativité

Dans les représentations communes, la créativité est souvent associée à l’artiste torturé. Pour être créatif faut-il nécessairement souffrir ? Pour aller plus loin, plusieurs équipes de chercheurs ont essayé de comprendre la place des émotions dans un processus créatif. A titre d’exemple, les résultats de la recherche de Vosburg & Kaufman (1997) (1) : ces auteurs ont mis en évidence que dans une situation d’émotion négative, les sujets créaient des idées de grande qualité. En revanche dans une situation d’émotion positive, les sujets produisaient des idées en grand nombre. Ainsi, quel que soit leur type, les émotions font partie et viennent soutenir les apprentissages. Nos apprenants ne sont donc pas des systèmes cognitifs aptes à enregistrer sans sourciller n’importe quelle connaissance.

Mobiliser son intelligence émotionnelle

En effet,  la relation pédagogique est avant tout une relation interpersonnelle où les émotions ont leur place.

Pour accompagner et prendre en compte les émotions de ses apprenants, l’enseignant / formateur va alors devoir mobiliser son intelligence émotionnelle. Salovey et Mayer (1990-1997) la définissent comme étant : « l’habileté à percevoir, apprécier et exprimer ses émotions, à y accéder et générer des sentiments qui facilitent la pensée, à comprendre les émotions et l’information qu’elles véhiculent, enfin, à réguler les émotions pour favoriser la croissance intellectuelle et émotionnelle ».

Ainsi au-delà de nos compétences en linguistique, en didactique, en construction de progressions pédagogiques, en rédaction de bilans de fin de formation etc., nous devons comprendre les émotions des stagiaires, prendre conscience et analyser les sentiments qui génèrent leur relation pédagogique, exprimer des émotions positives, représenter les contenus d’apprentissage avec émotion.

Ainsi être enseignant / formateur ce n’est pas uniquement être des machines à produire des contenus et réaliser 30 heures de face à face par semaine.

(1) Kaufmann, G. & Vosburg, S. K. (1997). “Paradoxical” effects of mood on creative problem solving. Cognition and Emotion, 11(2), 151-170.