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Parfois, une petite initiative sans prétention vous mène à des résultats inattendus et de grands plaisirs d’enseignant. Je partage avec vous mon expérience avec  ma page Facebook « Nathalie FLE » et plus précisément mes découvertes de “prof numérique bienveillante” avec des apprenants plus ou moins “virtuels”!

1. La page a grandi (presque) toute seule!

J’ai créé cette page il y a plus de 2 ans pour quelques-uns de mes étudiants et aujourd’hui, elle a plus de 9500 abonnés! Mon objectif était d’exposer régulièrement mes étudiants à des contenus courts et variés et d’encourager leurs interactions. En créant la page, je savais qu’elle pouvait être visible par tous mais je n’imaginais pas du tout qu’elle intéresserait des personnes qui ne me connaissent pas. Sans jamais avoir fait de publicité ni même cherché à “faire de l’audience”, les abonnés ont été de plus en plus nombreux et m’ont témoigné beaucoup d’intérêt et de reconnaissance. D’un autre côté, mes étudiants ne se sont pas vraiment approprié l’outil comme je l’imaginais. Ces constats étant faits, j’ai hésité à poursuivre avec cet outil qui ne remplissait pas ses objectifs. L’intérêt constant des abonnés m’a finalement poussée à continuer et à faire évoluer la page, mais toujours sans avoir ni objectifs ni plans.

2. Les étudiants viennent du monde entier et sont assoiffés d’apprendre le français

Les statistiques de Facebook permettent de connaître le lieu de connexion des abonnés. J’ai ainsi découvert rapidement qu’ils venaient de tous les coins du monde, y compris de pays où on n’imagine pas que la francophonie soit très vivante. Des abonnés vivent dans des pays en guerre ou en plein chaos et Internet est une des rares portes ouvertes pour apprendre. Par le phénomène de bouche à oreille version Facebook (j’ai nommé les “j’aime” et les partages), les étudiants font connaître la page à leurs amis, et aux amis de leurs amis, etc. Certains pays sont largement représentés.

classement page facebook nathalie

Parmi les abonnés, il y a aussi beaucoup de profs de FLE qui ne sont pas de langue maternelle française. Certains ne maîtrisent pas parfaitement la langue et cherchent de l’aide (en message privé). Dans mon année sabbatique autour du monde, j’ai croisé très rarement des francophones et je dois dire que j’ai été frappée par la mondialisation de l’anglais dans les échanges, et ceci sur tous les continents. Hors de l’anglais, point de salut? Parallèlement à ce constat qui m’a inquiétée pour l’avenir de notre langue, je dois dire que la Page Facebook m’a donné une autre “image” de la francophonie! Cette langue est plébiscitée parce qu’elle plaît mais aussi parce qu’elle peut aider au niveau professionnel (résultat questionnaire réalisé auprès des abonnés en décembre 2015).

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3. Choisir les contenus peut être un vrai casse-tête!

Pour faire vivre la page, il faut rechercher et choisir des supports instructifs et variés, des illustrations attrayantes. J’ai développé au fil du temps des réflexes: je repère partout des photos qui peuvent être utiles, je note dans un coin de ma tête les expressions familières ou les tournures de phrases que j’utilise souvent. J’épingle beaucoup sur Pinterest qui est ma caverne d’Ali Baba. Je publie des contenus d’autres enseignants dénichés ça et là et de temps en temps, je crée des supports inédits. Le contenu “fait maison” est très apprécié.

Dans le choix des contenus,  j’évite les thèmes ou les images qui peuvent choquer ou susciter des débats autour de la politique ou la religion. J’ai mentionné sur la page que les opinions politiques ou religieuses n’y ont pas leur place et quelques rares recadrages ont dû être faits. J’ai développé une forme d’auto-censure. J’ai une grande prédilection pour les images humoristiques mais je me demande toujours si cela peut être mal interprété ou blessant.

Globalement, j’essaie d’éviter le piège de l’ethnocentrisme. Je sais que la majorité de mes abonnés sont de culture musulmane et vivent dans le Maghreb. Je dois en tenir compte et ne pas proposer des contenus qui me plaisent seulement à moi, femme européenne.

4. L’interactivité s’est beaucoup développée

Certaines publications donnent lieu à des commentaires sous forme de questions. Les abonnés demandent des précisions, des explications. Je leur réponds mais je corrige aussi systématiquement leur français.

Quand j’ai constaté l’intérêt des abonnés autour de la page, j’ai encouragé leur expression écrite. La plupart des publications se terminent donc par une question. Il s’agit de proposer des exemples ou parfois de donner son avis, exprimer ses goûts, etc. L’engouement est variable selon le thème et le type de publications. Par exemple, en novembre 2015, une illustration sur la peur à laquelle j’ai ajouté des explications sur les différentes manières d’exprimer sa peur a été vue plus de 13 000 fois, avec des commentaires très intéressants.

avoir peur page fb nathalie fle

Parfois, c’est juste une citation qui est le déclencheur des échanges. Par exemple, une citation de Piaget  “l’intelligence ce n’est pas ce que l’on sait mais ce que l’on fait quand on ne sait pas”  m’a permis de leur demander leurs trucs et astuces quand ils ne comprennent pas un mot ou une expression. J’ai un rôle central dans ces échanges. Les abonnés s’adressent à moi et interagissent assez rarement entre eux! Par contre, je vois qu’ils lisent les commentaires des autres et toutes mes corrections car j’ai régulièrement des questions sur un autre commentaire que le leur! Les abonnés réagissent aux publications dans les heures qui suivent et ensuite l’intérêt diminue (la publication n’apparaît plus dans leur fil d’actualité). En conséquence, je publie de préférence dans des heures où je pourrai répondre aux questions. Cela crée une dynamique “ en direct” que je trouve plus intéressante.

Les questions via les messages privés se sont aussi beaucoup développées avec le temps. J’ai proposé que les questions relatives à la langue française soient plutôt postées sur le mur de la page (je n’avais pas activé cette option au départ). Ainsi, les questions (et mes réponses) sont visibles par tous et donc utiles à un plus grand nombre.

5. J’ai dû apprendre à être “une prof numérique bienveillante”

Comment bien corriger des apprenants qu’on ne connaît pas du tout? Il faut arriver à évaluer quel est leur niveau de français avec très peu d’indications afin de leur expliquer dans un langage compréhensible pour eux. C’est un défi! C’est d’autant plus important que beaucoup se contentent de remercier et ne disent pas si mes explications ne sont pas assez claires. Ensuite, il est important de ne pas blesser les susceptibilités, d’autant plus que les commentaires sont publics. Par souci d’être efficace dans cette tâche chronophage, je peux être tentée d’aller droit au but. J’essaie de faire attention à féliciter et encourager (j’ajoute même des smileys!) C’est mon apprentissage de “prof numérique bienveillante” qui est vraiment plus complexe quand on ne connaît pas son interlocuteur. Les abonnés me disent qu’ils apprécient de pouvoir interagir sur la page, écrire, être corrigés, etc. Ce côté interactif semble peu développé sur les autres pages.

6. Certains abonnés sont moins “virtuels” que d’autres

Tous les jours, je reçois de nouveaux commentaires et des messages privés.  Malgré le grand nombre d’abonnés, c’est seulement un petit groupe de personnes qui est actif pour une période donnée. J’apprends à les connaître : leur niveau en français, leur pays et leur langue maternelle, leur “paresse” ou leur perfectionnisme, mais aussi des éléments plus subjectifs comme leur susceptibilité, leur humour. Je me fais une représentation de certains d’entre eux. Certains me racontent en message privé leur situation et leur motivation à apprendre le français. Leur confiance me touche et me pousse à être à la hauteur de leurs attentes. Certains m’expriment leur reconnaissance de manière très chaleureuse: smiley, photos,  poèmes et même invitation chez eux (je pourrais faire de beaux voyages!). Quand je ne publie rien pendant une période, je reçois des messages pour savoir si je vais bien!!! Malgré des demandes, je n’ai jamais accepté d’avoir des relations en dehors de la page (Skype ou Facebook privé) mais des affinités se sont créées et je serais très heureuse d’avoir certains comme étudiants!

Il est évident que la motivation des abonnés et leur reconnaissance constituent une puissante motivation pour persévérer. En revanche, la “relation en aveugle” inévitable avec les pages Facebook comporte des limites et parfois des frustrations.

7. Cette page Facebook m’a ouvert des perspectives professionnelles

Cette expérience riche avec les abonnés de la page et mon année sabbatique m’ont permis de réfléchir à la direction que je souhaitais donner à ma vie professionnelle. Je sais que je veux développer l’enseignement du FLE “sans frontières”, c’est à dire accessible aux gens quel que soit leur lieu de résidence et leurs moyens financiers. Internet est un outil magnifique pour cela. Je veux aussi aller au-delà de la page Facebook. Le format des contenus est limité. Ce sont juste des petites “touches de FLE”. Je répondrai mieux aux besoins des apprenants avec un blog qui sera accessible très prochainement à cette adresse http://nathaliefle.com/. Je pourrai ainsi leur proposer des contenus plus structurés. J’ai pris conscience que j’aimais accompagner les étudiants dans des parcours personnalisés et je vais aussi proposer des programmes à distance pour développer l’expression orale, ce qui est impossible avec Facebook et pourtant très demandé.

Je conserverai la page Facebook comme un outil complémentaire. J’y suis aujourd’hui très attachée.

Votre témoignage nous intéresse :

-Vous avez une page Facebook? Quelle est votre expérience? Vous avez des objectifs précis? Comment choisissez-vous vos contenus? Quelles sont vos interactions avec les abonnés?

-Vous suivez des pages Facebook de FLE? Que venez-vous y chercher?