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Paysage d’Afrique australe. Chaque année 26 000 espèces végétales et animales disparaissent, en grande partie du fait de l’activité humaine. C’est autant d’équilibre naturel et d’opportunités thérapeutiques que nous détruisons…

En cherchant des centres respectant une charte ou un possible label écologique en FLE, nous ne pouvions ignorer le projet Indalo. Voici l’interview d’une intervenante dans la coopération linguistique qui a porté ce projet.

Arrivée dans la francophonie après une formation de graphiste, Aurélie Biewesch a d’abord travaillé pendant 4 ans en agence de communication visuelle à Paris. Au retour d’une mission à New York elle est contactée par le MAE pour un poste de graphiste/chargée de mission culturelle à l’Alliance Française des Seychelles. Elle met ainsi un pied dans le vaste réseau des AF et de la coopération culturelle. Pendant ces 2 années, elle rencontre sur place scientifiques, assistants techniques et étudiants en mission pour des institutions publiques locales ou des associations agissant pour l’environnement. À l’issue de cette expérience elle a l’opportunité de partir en Afrique du Sud, à Port Elizabeth. Christophe Freschi, Directeur de l’AF locale lui propose un an après son arrivée une mission un peu particulière : la coordination d’un projet pilote de développement durable dans les Alliances du réseau Afrique du Sud, Swaziland et Lesotho : Indalo, qui signifie « nature » en langue Xhosa (langue vernaculaire d’Afrique du Sud).

1/Pouvez-vous nous parler du projet Indalo? Quelle est l’origine de ce projet et comment l’avez-vous découvert?

Le projet Indalo a été initié en 2008 par l’Alliance Française de Port Elizabeth, grâce au soutien d’ONG locales suite à une crise énergétique qui a touché l’Afrique du Sud la même année. Entre 2003 et 2008, le pays a connu une croissance économique annuelle de 6 % mais ses besoins énergétiques grandissants n’ont pas été pris en compte et le pays tout entier a subi régulièrement des coupures d’électricité. Il faut également souligner que l’énergie électrique en Afrique du Sud, principalement produite avec du charbon, est très polluante et produit énormément de gaz à effet de serre. À Port Elizabeth, l’entreprise canadienne Alcan Rio Tinto devait construire une aluminerie à électrolyse en 2008. Ce projet de 20 millions de dollars, qui représentait le plus gros investissement étranger en Afrique du Sud, a été reporté par manque d’énergie. Dans un souci d’effort national et collectif pour la réduction de la consommation énergétique, l’Alliance de Port Elizabeth a ainsi décidé de faire tout simplement preuve de bon sens et de « montrer l’exemple ». C’est ainsi qu’est né le projet Indalo.

2/Quelles sont parmi vos qualités celles qui correspondaient au projet? Est-ce qu’il a été difficile à mettre en œuvre?

Chistophe Freschi, directeur de l’AF de Port Elizabeth à l’époque était intéressé par mon profil car je possédais déjà une expérience significative en Alliance et donc une connaissance développée du réseau et de son fonctionnement. La mission présentait également un aspect fort en communication et en médiation au delà d’un aspect purement technique. Il s’agissait d’abord d’une épreuve de sensibilisation du public et du réseau Alliance Française au développement durable. Le projet n’a pas été évident à mettre en œuvre, d’abord localement puisqu’il a fallu ménager les convictions de certains écologistes engagés (également à l’origine du projet) et les convictions de personnes plus modérées sur la question, notamment dans le Comité d’Administration. De plus, le projet Indalo n’était pas un projet considéré comme prioritaire au sein de l’Alliance, l’enseignement du Français étant évidemment la priorité n°1. C’est pour cela que nous avons  du « intégrer » le projet au sein d’activités culturelles proposées par l’Alliance et dans son fonctionnement quotidien dans une démarche de transition : tri sélectif, récupération et utilisation des eaux de pluie, isolation du bâtiment, optimisation des équipements électriques (ampoules et radiateurs à faible consommation). À titre d’exemple concernant les activités culturelles, je citerai les séances “Blablabla en Français”, qui se déroulent dans des réserves et parcs naturels des environs et des événements dédiés comme la “Semaine des Alliances Vertes”, un événement d’envergure national qui a concerné toutes les alliances du réseau Afrique du Sud, Lesotho et Swaziland et qui se déployait à des ONG locales, à l’occasion de la Journée mondiale de l’Environnement. Certains projets d’équipements ont été freinés également pour des raisons financières et pour une raison qui était bien particulière : l’impossibilité du rachat de l’électricité produite « proprement » par le fournisseur national d’électricité Eskom en-dessous d’un certain seuil (l’Alliance de Port Elizabeth projetait de s’équiper en panneaux solaires et éolienne). De manière générale, le projet Indalo a permis de réaliser de réelles économies en terme de consommation énergétique (eau et électricité) sur le réseau Afrique du Sud, Lesotho et Swaziland. Il n’est d’ailleurs pas surprenant que même les individus les plus modérés sur la question du développement durable s’y sont intéressés, dès lors que l’on a touché à leur porte-monnaie !

3/ Cette démarche peut-elle être suivie par d’autres structures, avez-vous tenté de l’étendre?

Quelques temps après mon arrivée, le projet Indalo s’est étendu aux Alliances de notre réseau Afrique du Sud et chaque Alliance a su faire preuve de dynamisme et d’originalité pour essayer d’introduire le développement durable dans leurs structures respectives. J’ai également conçu des fiches pratiques « alliances vertes » pour la Fondation disponibles en ligne dans la rubrique « responsables d’alliance ». Ces fiches peuvent guider une Alliance dans une démarche de développement durable. Je souhaite vivement qu’Indalo puisse un jour faire partie des missions principales d’une Alliance française !

4/ On peut avoir l’impression de vivre dans un monde tourné vers l’écologie, et pourtant visiblement peu de centres pratiquent des politiques énergétique écologiques: est-ce par manque de temps, parce qu’il y a peu d’économies à faire ? Est-il difficile de mettre en place une vraie « politique » écologique dans un centre ?

L’écologie peut en effet être ressentie de nos jours comme une « mode » pour soulager la conscience collective mais il faut prendre garde à ce qu’on appelle le « greenwashing »(1). Le développement durable n’est à l’heure actuelle pas suffisamment considéré alors que selon moi, il est la solution au rétablissement de l’économie mondiale. Il permet de réaliser des économies immédiates et sur le long terme, de mieux gérer nos ressources énergétiques et de mieux consommer en privilégiant les filières courtes. Le problème principal est que beaucoup ne s’y intéressent peu ou pas et que le lien entre écologie et économie reste invisible à la plupart des yeux. Il n’est pas difficile de mettre en place une vraie politique écologique dans une structure professionnelle mais il faut trouver les personnes compétentes, motivées et convaincantes pour la mettre en place. Dans notre société qui est de plus en plus individualiste, l’écologie est plus considérée comme une contrainte qu’une solution. Changer des habitudes est un travail de longue haleine. Je préfère d’ailleurs utiliser le terme « transition » plutôt que « changement » dans l’optique d’une autonomie énergétique et de comportement plus responsable.

1-Le greenwashing ou écoblanchiment est l’utilisation de procédés/images prétendus écologiques en vue de donner une image positive d’une entreprise. Face aux techniques marketing allant dans ce sens, plusieurs groupes progressent désormais vers/dans une perspective écologique réelle, ainsi  par exemple antigreenwashing.ademe.fr.

Propos recueillis par Eddy Mannino. Merci à Aurélie Biewesch pour sa disponibilité.