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Je vous propose une série de billets pour réfléchir ensemble aux pratiques liées à la phonétique.

La phonétique, je dois bien l’avouer, n’est pas mon fort … En tous cas, je remets très régulièrement en cause mes pratiques sans toujours trouver toutes les réponses à mes interrogations. Je vous propose donc aujourd’hui de revenir sur des définitions importantes pour mieux cibler et analyser par la suite les pratiques de classe. Mon objectif n’est pas de faire un exposé de linguistique mais simplement de partir de quelques repères incontournables pour définir de quoi on parle.

Le natif / non-natif et la phonétique

Tout d’abord, l’enseignant natif doit effectuer un travail important pour conscientiser son propre rapport à la prononciation de sa langue.

  • En langue maternelle, il est peu naturel de mener ce travail de réflexion (position de l’appareil phonatoire pour réaliser un R, par exemple )
  • De plus, nous avons tous des particularités par rapport à une « norme » de prononciation de français standard.  (Je n’aime pas beaucoup cette notion de français standard qui me semble bien illusoire mais disons que cela correspond aux prononciations que vous trouverez dans les manuels).

 


Dans ma région d’origine, nous prononçons le graphème « ai »  [ e ] et non pas [ ɛ ]  (oui, oui, je prononce « lait » comme « les »). Consciente de cette limite, il m’est pourtant bien difficile d’y remédier, cependant la différenciation est importante notamment pour le passé composé (J’ai mangé.)
Quel positionnement dois-je donc adopter ? J’enseigne bien sûr la différence à mes apprenants (avec du matériel que je ne crée pas, vous vous en doutez…) tout en leur soulignant qu’ils ne l’entendront pas chez moi.  C’est au final un moyen de mettre en avant la diversité de la langue cible.

 Phonétique / phonologie

Les définitions fournies ici sont très simplifiées pour donner l’éclairage souhaité par rapport à l’enseignement de la composante phonétique. Pour autant, je vous renvoie aux écrits des linguistes pour approfondir la thématique.

 Phonétique :  partie de la linguistique qui s’intéresse à l’analyse des phones (en français, le R peut-être prononcé de diverses manières selon les accents, ce sont donc des phones différents).

Je retiendrai ici  3 branches principales : la phonétique articulatoire (production des sons), la phonétique acoustique (qui s’intéresse à la transmission du son et à son analyse physique) et la phonétique auditive (qui interroge la perception des sons par le récepteur).

Phonologie : partie de la linguistique qui s’intéresse à l’analyse des phonèmes, qui sont eux porteurs de sens. (Le R constitue un seul phonème même avec des prononciations différentes).

« C’est au sein du Cercle linguistique de Prague, au cours des années 1920-1930, que N. Troubetzkoï et R. Jakobson fondent la phonologie, en s’inspirant notamment des travaux de Jan Baudoin de Courtenay. Là où la phonétique s’applique à classifier des sons concrets, la phonologie s’intéresse à leur fonction dans le système abstrait de la langue. Elle a pour unité le phonème. Un son n’est un phonème que s’il joue un rôle distinctif dans une langue, s’il permet de distinguer un mot d’un autre » d’après Karine Philippe dans un article publié dans « Sciences humaines » en ligne intitulé Roman Jakobson (1896-1982). Essais de linguistique générale : aux sources du structuralisme (consulté le 20/04/2016).

Nous pouvons donc différencier d’un côté la phonétique qui s’intéresse aux sons en tant que tels (production, réception) en dehors de tout sens et de l’autre la phonologie qui analyse les sons du point de vue de la construction du sens. Très simplement, nous pouvons penser aux paires minimales que vous avez sans doute déjà utilisées en cours.

Exemple : opposition P /B :  pain/ bain     pu /bu

Apports pour l’enseignement

Ces rappels rapides pour souligner que l’enseignement de la « phonétique » prend à son compte les apports de ces différentes sciences. En effet, en cours, il ne me semble pas que nous nous limitions à la réflexion sur la phonétique elle-même mais que tour à tour sont abordées :

  •  la prononciation des sons (qui mêle des notions de phonétique et phonologie)
  •  la prosodie et l’accentuation  (qui émanent de la phonologie)

 

Ouvrages

CHAMPAGNE-MUZAR C. & BOURDAGES, J. (1998).  Le point sur la phonétique. Paris : Clé international – collection didactique des langues étrangères.

JAKOBSON, R. (1963),  Essais de linguistique générale, t. I, Minuit.