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LE LEXIQUE, DES LEXIQUES, OU MON LEXIQUE ?

Passif et actif ne sont pas uniquement des termes grammaticaux désignant l’importance de l’engagement ou pas du sujet dans l’action : on peut également catégoriser le lexique selon ce que l’on veut en faire : de la réception ou de la production ? En résumé, faut-il apprendre tous les mots de la même manière ? Et comment opérer un choix ?

QUEL lexique ?

Dans la classe, force est de constater que la « liste » des éléments à mémoriser pour augmenter son lexique reste globalement la même pour tous les apprenants. Ceci étant, lors de l’apprentissage des métiers, par exemple, peu d’étudiants auront un besoin immédiat d’utiliser le mot “pompier” (du moins, nous l’espérons pour eux), ou “infirmière”, bien que ces mots soient fréquemment présents dans les manuels de niveau A1. On y voit peu d’assistants administratifs et routiers, pourtant statistiquement plus fréquents que les pompiers et infirmiers (source : http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=16381#p1) .

carteEt bien entendu, il y a aussi le contexte : les animaux domestiques en France sont-ils ceux de tous les autres pays du monde ? La variété des français est elle aussi importante, le dépanneur québécois n’a pas la même importance en France (sauf en cas de panne, ce que nous ne souhaitons à personne).

S’il y a bien un lexique de classe qu’il est nécessaire d’avoir en commun, celui-ci reste le fruit d’un compromis entre besoins généraux et besoins individuels. Les besoins généraux sont plus simples à référencer dans les petits niveaux, à l’image de la pyramide des besoins : tout le monde a besoin de se nourrir, de se loger (du moins en contexte d’immersion)… tandis que lorsqu’on arrive dans les niveaux B1-B2, certains auront plus besoin de pouvoir s’exprimer sur la cuisine et d’autres sur l’économie. Le compromis est donc globalement plus frustrant, à moins d’avoir la chance de pouvoir suivre uniquement des cours de spécialité.

Le lexique personnel va de toute façon se bâtir : un individu aura besoin de vocabulaire pour parler de ses études, son parcours, ses projets… tout ce qui fait qu’une personne est unique. Il reste important de donner la place à ces mots dans la classe : d’une part,c’est d’autant plus riche pour tout le monde,  et d’autre part, ça donne l’occasion de travailler une capacité indispensable : savoir expliquer, paraphraser : souvent, on le fait en situation d’échec (je ne connais pas le mot qui désigne le truc du machin, alors je fais une paraphrase). Utiliser ces techniques en situation de valorisation, c’est une activité bien plus agréable (je vais expliquer à mon voisin en quoi consiste mon métier de kinésithérapeute, ça peut l’intéresser). Pour ce lexique individuel, il est nécessaire que l’enseignant accorde une place dans la classe, et que le dictionnaire soit autorisé à un moment ou à un autre (le dictionnaire peut d’ailleurs être l’enseignant qui va donner le mot suite à une explication, une paraphrase… à condition de connaître!).

Le lexique de la classe peut également varier selon les contextes : j’ose espérer qu’une même méthode de FLE utilisée en Suède ou au Brésil donnera lieu à des études différentes du lexique complémentaire (les vêtements… est-ce vraiment utile de connaître le mot “doudoune” à Rio ?).

En résumé : une base, plusieurs variantes (contextuelles, culturelles, individuelles). Laissons les apprenants un minimum responsables de la personnalisation de leur richesse linguistique !

Actif ou passif ?

La question est sans doute plus simple : il y a le vocabulaire dont j’ai besoin pour m’exprimer, et celui dont j’ai besoin pour comprendre.

La question est simple, pourtant, en tant qu’enseignant, il est rare que l’on explique la différence aux étudiants, à part pour le langage des jeunes ou les gros mots, par exemple (qui finiront par être bien mieux mémorisés que les termes d’urbanismes pourtant présentés dans le même document, mais comment se fait-ce ?).

Considérons un bébé de deux ans : combien de mots connaît-il ? Si l’on se limite à ce qu’il sait exprimer, le pauvre part avec peu de chances dans la vie. Pourtant, le nombre de mots qu’il comprend est incroyablement supérieur. D’où l’idée qu’il est important d’accorder des efforts de mémorisation à des mots à comprendre, sans nécessairement en fournir autant que pour d’autres qui me seront utiles pour m’exprimer.

Précisez à vos étudiants qu’il y a des mots actifs et passifs, que l’effort de mémorisation n’est pas le même et que, donc, ça va être plus simple… Ils vont vous porter aux nues ! Finalement, le vocabulaire passif au départ finira par devenir actif à force d’exposition, mais ça, pas besoin de le leur indiquer. Le vocabulaire actif demandera plus d’efforts, notamment parce qu’il faudra se souvenir de la prononciation et de l’orthographe, du genre s’il s’agit d’un nom, de l’accord… La contextualisation sera à créer de toutes pièces, contrairement au vocabulaire passif qui sera reçu déjà tout emballé dans son paquet cadeau (le contexte).