test-test

Illettrisme, cause nationale

illettrisme cause nationale En mars 2013, l’illettrisme a été déclaré Grande Cause Nationale en France. Des opérations de sensibilisation et d’information vont être menées toute l’année à travers notamment la diffusion de reportage mais aussi de spots publicitaires. Peut-être avez-vous eu l’occasion d’entendre celui-ci disponible sur le site de l’Agence Nationale de Lutte Contre l’Illettrisme (ANLCI) ?

Ainsi les personnes en situation d’illettrisme auraient « appris dans leur enfance et puis au hasard de la vie (…) oublié ».

Illettrisme, des définitions

Le terme « illettrisme » apparaît en France à la fin des années 1970 dans le rapport moral de l’association ATD Quart Monde. Des politiques nationales de lutte contre l’illettrisme vont alors être successivement menées. Afin d’orienter la mise en œuvre de moyens pour lutter efficacement contre l’illettrisme, ces politiques chercheront à définir l’illettrisme et à dénombrer les personnes adultes rencontrant des difficultés pour lire et/ou écrire.

Le rapdes définitions port « Des illettrés en France » (Espérandieu, Lion & Bénichou, 1984) constitue une première étape officielle française de la prise de conscience de l’illettrisme qui donne naissance au Groupement Permanent de Lutte contre l’Illettrisme (GPLI) en 1984. Cette première étape est marquée par l’importance de la distinction entre « illettrisme » et « analphabétisme ». Le terme « analphabétisme » est réservé pour désigner les personnes qui n’ont jamais été scolarisées. Néanmoins, une fois cette distinction posée, la définition de l’illettrisme apparaît complexe. Les auteurs du rapport vont alors choisir de s’appuyer sur la définition de l’analphabétisme proposée par l’UNESCO (1958) pour définir les individus en situation d’illettrisme comme : « ceux qui ayant le plus souvent appris à lire et à écrire, en ont perdu la pratique au point d’être incapable de lire et d’écrire, en le comprenant, un exposé bref et simple de faits en rapport avec la vie quotidienne ».

Reprise dans les discours de la presse, cette définition ouvre la porte à l’expression de représentations sociales stigmatisantes (Frier, 1992). La personne en situation d’illettrisme est à la fois présentée comme quelqu’un qui ne sait pas lire mais, bien au-delà, comme quelqu’un qui serait incapable d’agir socialement. Elle souffrirait d’un tel sentiment de honte qu’elle vivrait recluse, de peur d’être découverte. Les discours de la presse dépeignent ces personnes avec des traits physiques permettant de les reconnaître et comme atteintes d’une « maladie ». En 1991, le GPLI définit l’illettrisme de la manière suivante : « il faut entendre par illettrisme une maitrise insuffisante des savoirs de base, constitués de l’ensemble des compétences et des connaissances permettant dans différents contextes (familial, social, professionnel, culturel …) de communiquer avec autrui et son environnement par le langage oral (émis et reçu), la lecture, la production écrite, d’utiliser les outils mathématiques (…) de se repérer dans le temps (…) de se repérer dans l’espace (…) ». Cette définition présente les personnes en situation d’illettrisme comme ayant des difficultés massives dans tous les domaines et dans tous les contextes.

L’illettrisme aujourd’hui

Aujourd’hui l’illettrisme est défini comme « la situation des personnes de plus de 16 ans qui, bien qu’ayant été scolarisées, ne parviennent pas à lire et à comprendre un texte portant sur des situations de leur vie quotidienne et/ou ne parviennent pas à écrire pour transmettre des informations simples » (ANLCI, 2003). Cette définition vient signifier que l’illettrisme caractérise des difficultés à utiliser l’écrit dans des situations de vie quotidienne et non plus dans toutes les situations que peut rencontrer une personne. La définition se poursuit en mettant l’accent sur les compétences des personnes en situation d’illettrisme. Elle cherche ainsi à dépasser les représentations sociales caractérisant l’illettrisme comme une incapacité d’agir. « Les personnes en situation d’illettrisme ont acquis de l’expérience, une culture et un capital de compétences en ne s’appuyant pas ou peu sur la capacité à lire et à écrire. Certaines ont pu ainsi s’intégrer à la vie sociale et professionnelle, mais l’équilibre reste fragile, et le risque de marginalisation permanent. D’autres se trouvent dans des situations d’exclusion où l’illettrisme se conjugue avec d’autres facteurs » (ANLCI, 2003).

écrire-illettrismeDans mes travaux de recherche, j’ai choisi de considérer l’illettrisme sous l’angle de l’appropriation de l’écrit. L’appropriation de l’écrit s’organise en système dynamique autour de cinq axes :

  1. Axe des pratiques : cet axe interroge le sujet sur ce qu’il fait du lire et de l’écrire dans sa vie
  2. Axe des compétences métalinguistiques : cet axe regroupe ce que l’individu pense de l’écrit.
  3. Axe des motivations : sous cet axe est désigné « ce qui permet à l’individu de trouver un sens aux activités de communication et de représentation de l’écrit » (Besse, Petiot-Poirson, Petit Charles, 2003).
  4. Axe des modes de traitement de l’écrit : cet axe décrit les procédures employées par un sujet pour lire et écrire
  5. Axe des compétences métacognitives : à travers cet axe il s’agit de cerner ce que l’individu explicite de sa propre activité sur l’écrit.

L’idée de système dynamique vient signifier que rien n’est figé en matière de rapport à l’écrit. Rien n’est installé définitivement par l’école. Si au niveau des traitements de l’écrit, les performances peuvent chez certains sujets être faibles, voire peuvent diminuer une fois la fréquentation scolaire terminée, l’évolution du rapport à l’écrit peut avoir lieu sur les autres axes.

L’analyse des résultats de mon travail de thèse a permis de montrer qu’un développement des représentations se réalise chez des adultes en situation d’illettrisme une fois la fréquentation scolaire terminée.

Ces adultes ne deviendraient donc pas amnésiques face à l’écrit une fois l’école terminée… Ils construisent et apprennent tout au long de la vie !