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Voici la suite du premier article publié par Marie, enseignante en section bilingue. Après avoir présenté le fonctionnement de l’école bilingue, elle prolonge sa réflexion sur les activités en classe, l’organisation ainsi que les connexions entre les langues en présence.

École bilingue, les activités typiques

arcimboldoComme dans toutes les écoles maternelles et élémentaires, les activités de classe suivent le programme de l’Éducation nationale. A l’enseignant d’apporter à chacune d’elles un enjeu linguistique. Si, si, quand je travaille en Arts visuels sur Arcimboldo, j’ai pour objectif linguistique d’exprimer la localisation spatiale et l’utilisation du « pour+ infinitif »… Ben oui : « Je mets une poire au milieu pour faire le nez… », «Et toi Tyler, que fais-tu ?… Tu mets une cerise en haut à droite pour faire un œil ? Mais quelle bonne idée ! Je t’apporte une autre cerise, où as-tu donc envie de la placer ?… En haut à gauche pour faire l’autre œil ?… » Voilà l’idée.

L’apprentissage du français en école bilingue passe par le jeu, par l’action, la gestuelle et l’utilisation d’une banque d’images assez impressionnante. La grammaire n’est pas explicite mais l’enjeu linguistique est toujours clair pour les enfants. Les erreurs ne sont pas expliquées mais corrigées systématiquement. Par exemple :

Tyler : « Je mets le cerise sur c’est la yeux »

L’enseignante : « Mais oui, tu mets LA cerise EN-HAUT POUR FAIRE L’ŒIL… Redis le-moi… »

 Si l’enfant est vraiment débutant, on va éviter de lui couper constamment la parole pour le corriger et lui expliquer qu’on se focalisera sur un type d’erreur (l’utilisation de l’article par exemple) et ne reprendre que cela en laissant passer les autres erreurs et en les corrigeant une fois que l’élève aura remédié à l’erreur sur laquelle l’enseignant s’était concentré. Surtout avec les enfants, on n’oublie pas de les valoriser et de leur faire remarquer comme ils parlent très bien… La preuve, on a compris ! Et c’est à l’enseignant de gérer jusqu’où il peut ne pas comprendre un élève et le frustrer pour le forcer à progresser : «Tyler, comment tu mets ta cerise sur ? sur quoi ? c’est bizarre non ? », « Non, je mets la cerise en haut ! », « Ah mais oui, je le vois maintenant, c’est sa place en haut ! »

École bilingue, l’organisation en pratique

enseignement FLE aux enfantsPour les activités, dans ma classe de 20 élèves, comment faire parler tout le monde ? En fait, et c’est très typique en maternelle, il y a les activités de « rassemblement » (le matin pour écrire la date ou faire des petits jeux en commun, pour expliquer les activités) dans lesquelles les élèves parlent sur la base du volontariat ; et les activités en « ateliers » (la classe est divisée en 4 groupes de 5 enfants). J’ai en « atelier dirigé » chaque groupe de 5 enfants une fois par jour (idéalement) et les activités tournent sur la semaine. Le groupe qui travaille avec moi est toujours en communication, les enfants doivent expliquer leurs stratégies de raisonnement, valider celles des autres. Ça fait partie du travail, l’objectif peut ne pas être linguistique mais il y a toujours des compétences linguistiques en jeu dans toutes les activités (même mathématiques ou autres).

Pendant ce temps, un groupe travaille sur ordinateur avec un programme auto-correctif (souvent FLOC, qui est un programme excellent pour enfants francophones ou non ou le site de Lulu, le lutin malin). Un autre groupe travaille avec l’assistant de la classe (1 adulte pour 10 enfants aux États-Unis jusqu’au CP, quelle aubaine !). Le dernier groupe travaille en autonomie (à l’écrit ou en manipulation individuelle), pour ceux-là, on espère que la réflexion se fait en français puisque l’activité initiale avait été menée en français mais rien n’est moins sûr.

J’ai toujours un carnet dans lequel je note les structures acquises ou à renforcer pour chacun des élèves (ce carnet me sert à fabriquer les exercices de remédiation et à remplir les bulletins).

École bilingue, des langues en présence

Quel que soit le niveau des enfants, les camarades de classe sont très habitués aux différences de compréhension. Les élèves apprennent très vite à paraphraser ou à demander un mot inconnu à leurs camarades. Les enfants sont étonnamment très tolérants les uns avec les autres et plutôt dans l’entraide, jamais dans la moquerie.

Le seul obstacle à l’apprentissage reste alors la langue de communication habituelle des enfants (pour ma classe, l’anglais). Tous parlent anglais et la moitié de mes élèves n’ont pas de français à la maison. Communiquer entre eux en français est une situation complètement fabriquée, un jeu auquel il leur faut adhérer. Ça n’est pas facile à mettre en place.

familleOn demande aux enfants de s’exprimer en français quand l’enseignant français est dans la classe et en anglais quand l’enseignante d’anglais est dans la classe. La langue utilisée pendant les récréations et au déjeuner est celle de leur choix. Chaque année, pour mettre en place ce système, il faut trouver de nouvelles stratégies. Cette année, 5 minutes avant la sortie, on fait un point sur les efforts faits pour rester dans la langue cible et les enfants obtiennent (ou non) sur un carton à leur nom, un petit autocollant qui montre leurs efforts de la journée (cela correspond à un système de bons points, distribués une fois par jour). La réussite dans le travail académique n’intervient pas dans ce bilan quotidien. Quand le contrat de parler exclusivement français pendant la classe n’a pas été rempli, je dis aux élèves que c’est très dommage mais que je suis sûre qu’ils obtiendront leur autocollant le lendemain (rien ne sert de dramatiser). Le système marche vraiment bien, les enfants jouent tous le jeu. Ils mettent plus ou moins de temps à s’y mettre mais pour les élèves réfractaires, un petit coup de pouce des parents est vraiment efficace (ils sont chargés de féliciter amplement leur enfant dès qu’il obtient son premier autocollant). Les enfants francophones reçoivent aussi des autocollants (pour eux aussi les progrès en langue sont importants et il leur serait plus facile de communiquer en anglais avec un élève non francophone).

Pour les élèves, ce jeu est celui de l’école, il correspond à leur travail d’élève et puisque tous leurs camarades sont dans la même situation, ils ne se rendent pas compte de l’effort supplémentaire à fournir. On encourage les familles à coucher les enfants tôt afin de profiter des heures de sommeil pour faire travailler la mémoire… Un vrai partenariat école-familles pour la réussite de ces élèves !