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“Faire un cours de conversation, c’est pouvoir aller vers un endroit qui n’était pas prévu.”

Pas de manuel FLE ou bien trop de manuels, par choix ou par obligation, pour les niveaux A2/B1/B2 ou plus, on se retrouve parfois à devoir créer et mener soi-même son cours de conversation pour converser, parler, échanger, bavarder, ne pas être d’accord, apprendre des autres, écouter les autres, découvrir, s’informer ensemble et surtout se faire plaisir dans une ambiance conviviale et propice aux échanges.

1- QU’EST-CE QU’UN COURS DE CONVERSATION ?

Il s’agit avant tout pour l’apprenant de parler, d’être actif, de produire à partir de sujets proches de son vécu et de son expérience personnelle. Il s’agit aussi d’aider les apprenants à mieux comprendre la langue afin de mieux s’exprimer. C’est l’occasion de mettre en valeur et d’exploiter les éléments de la rencontre : un enseignant, des apprenants, un lieu. Le “matériel” n’est plus au centre du cours mais bien les apprenants et ce qu’ils apportent avec eux en tant qu’individus, c’est la « matière première » du cours. N’oublions pas qu’il s’agit de la rencontre de personnes différentes (âge, sexe, nationalités, origines sociales) dont le seul point commun au départ est d’apprendre ou de pratiquer la langue française. Les participants viennent en cours avec leur français et pas seulement pour faire du français…

Une image pour replacer l’utilité d’un cours de conversation dans le cadre de l’apprentissage du français : la grammaire, c’est le solfège de la langue. Indispensable, l’apprentissage de la musique passe par le solfège, mais passeriez-vous toute la vie à déclamer des notes de musique ? Une fois la technique apprise, dans un cours de conversation, on peut jouer, s’amuser, pratiquer l’instrument, la langue.

Un cours peut avoir plusieurs appellations, en fonction du contexte : cours de conversation, cafés linguistiques, café conversation, club de conversation…

  • Pour qui ? Et quel(s) niveau(x) ?

Un des premiers points à relever est l’hétérogénéité des groupes : âge, niveau : ah oui, ça, c’est un défi car souvent on ne choisit pas son groupe et il faut réussir à satisfaire tout le monde.

  • Des personnes actives qui ont appris  le français à l’école et qui cherchent une occasion de le pratiquer. Dans ce cas, le cours pourrait s’intituler “Je me rappelle mon français”.
  • Des étudiants (toutes matières confondues), en complément d’un cours de français plus scolaire.
  • Des étudiants en sciences politiques, droit, relations internationales, interprétariat, qui là ont autant besoin de la connaissance de l’actualité que de la pratique orale du français.
  • Des enseignants de français non-natifs dans le cadre de leur développement professionnel.
  • Des personnes souhaitant travailler leur communication et  leur prise de parole en public en français.
  • Des retraité/es, des passionnés de français, pour le plaisir, toujours !

Parler de la question des niveaux revient à se demander si l’acquisition grammaticale est un prérequis à la pratique de la conversation ou non. Très souvent la conversation est vue comme un produit de l’apprentissage, c’est-à-dire que les apprenants doivent d’abord maîtriser la grammaire et le vocabulaire avant de mettre en pratique ces connaissances dans des activités orales. Et c’est pourquoi l’activité de conversation risque d’être négligée dans la classe de langue habituelle. D’autre part, il est plus difficile pour l’enseignant d’évaluer une conversation que des faits grammaticaux. Dans un cours de conversation, on privilégie l’aisance orale à la précision grammaticale !

  •  Quel(s) besoin(s) des participants ?

Se sentir à l’aise, prendre confiance en soi, dépasser sa peur pour interagir avec des francophones : comprendre le mieux possible, s’exprimer le mieux possible, se faire plaisir (encore !). Déscolariser la classe, dépasser le cadre que nous avons nous-mêmes connus avec la crainte de l’évaluation.  Prendre son envol en français !

  • Quel(s) objectif(s) ?

L’objectif d’un cours de conversation, c’est l’idée exprimée dans le CECR selon laquelle l’apprentissage d’une langue a pour but de « satisfaire… les besoins communicatifs », et permettre aux apprenants d’«échanger des informations et des idées… et communiquer leurs pensées et sentiments ».

Une ambiance/atmosphère avant tout : les apprenants souhaitent passer un bon moment, convivial, de sociabilité. C’est plus simple à mettre en place sans évaluations sommative à la fin du cours ! Ne jamais oublier que les participants s’inscrivent et font la démarche de venir une ou deux fois par semaine pour vivre un bon moment !! Dès lors, nous avons le cadre idéal pour s’exprimer, formuler et partager ses opinions, pour partager ses expériences, pour élargir son vocabulaire et ses connaissances, pour interagir en français en situation réelle. Ceci dit, il est impératif de fournir une correction aussi fluide que possible sans interrompre le flux de la conversation. Un signal gestuel, une mimique, un son indique qu’il y a un petit problème de formulation à revoir à la fin de la phrase ou de la conversation en cours. Il est aussi envisageable de proposer de temps en temps des mises au point sur les erreurs les plus récurrentes.

Ce travail de correction se fait en toute confiance car, objectif ultime, le cours de conversation permet d’oser… oser dire, oser réagir, oser être soi, oser se lancer en français, et oser faire des erreurs ! Cet objectif affectif peut être atteint dans un cours de conversation, et, on le sait, n’est pas aussi évident dans un cours de préparation à une certification.

bulles de conversation

  • Quel(s) rôle(s) pour l’enseignant ? Opportunité(s) ? Changement(s) ?

  • Pas de manuel !
  • Motiver, stimuler, animer, mobiliser les connaissances. Corriger, mais sans casser le rythme de la conversation (un petit geste, une mimique pour faire comprendre qu’il serait mieux de reformuler, de reprendre sa phrase), renforcer et faire briller les acquis des participants.
  • En amont pour l’enseignant : excellente connaissance des ressources authentiques disponibles en ligne (vidéos et écrites à privilégier).
  • Une petite “révolution” pour l’enseignant : il doit acquérir une nouvelle façon de travailler et des techniques qui lui permettent de proposer à ses participants des activités-cadres qui les incitent à s’exprimer. Il ne peut plus s’en tenir à la parole “évangélique” du manuel. Il doit développer une certaine sensibilité pour présenter ses activités, au bon moment et sous une forme adéquate. Il lui faut donc élargir sa palette de techniques et activer son imagination.
  • Cela signifie aussi que l’enseignant doit quitter sa “zone de confort”… il ne vit plus dans la sécurité que ses participants apprennent mécaniquement ce qu’il enseigne (ce qui est d’ailleurs une illusion !). Dans le cours de conversation, on s’éloigne du terrain connu, planifié, prévisible…. le cours de conversation, c’est le terrain où l’on doute, on fait des hypothèses, on prend des risques… en français, une classe qui laisse une place à l’imprévu, à la spontanéité. Et c’est bien cela qui est si dynamisant et productif !!
  • Parfois on se dit : est-ce que ça va marcher ? Est-ce que ça a marché ? C’est un sentiment personnel de réussite ou d’échec relatif, qui peut-être centré autour d’une question : ont-ils produit en français ??

2- QUELS SUJETS DE CONVERSATION ABORDER… OU PAS ?

  • À la carte : ce que veulent vos apprenants. Le plus simple est encore de leur demander ouvertement lors du premier cours  : De quoi aimeriez-vous parler ? Quels sont les sujets qui vous intéressent ?
  • Les grands classiques, sérieux ou moins sérieux : l’actualité, les habitudes des Français et des Francophones,  la lecture et la littérature, les chansons francophones, l’école et les études, l’histoire récente, la gastronomie, la francophonie, les Dom-Tom et régions françaises, la mode, le cinéma, les voyages et le tourisme, la presse et les médias français, la santé, les questions sociétales.
  • Des sujets tabous ? : En fonction des pays où l’on enseigne, c’est indéniable. Typiquement, le sexe, la politique nationale et la religion peuvent mettre les apprenants mal à l’aise. D’où l’intérêt de bien connaître son public et, en général, il est inutile de les mettre mal à l’aise !
  • Des sujets qui libèrent la parole : parfois la parole est limitée par la prise de position qu’elle demande, par l’implication personnelle. Et oui, parler dans une langue étrangère, donner un avis, c’est prendre un risque personnel. C’est là que les sujets qui contrecarrent cet engagement peuvent devenir très utiles. En proposant des sujets de conversation décalés voire farfelus, en tout cas sans enjeu,  l’enseignant peut vraiment donner à chacun la liberté d’utiliser la langue (des sujets d’argumentation comme banane ou pamplemousse, des jeux comme le naufrage, des questionnement type Qu’est-ce que vous faites si… voire même des changements d’identité pour libérer).

Pour résumer, nous proposons trois axes : Parler du monde qui nous entoure (1), ou parler de soi, partager un peu de soi avec le groupe (2). Ce thème implique souvent davantage le participant qui trouve alors du sens à son apprentissage. Ceux qui l’écoutent et interagissent avec lui doivent faire preuve d’empathie (3) Enfin, parler pour s’amuser en créant des situations décalées, le jeu en général .

[à suivre ..]

Auteurs :  Emilie Lehr & Jérôme Rambert


Crédits photos

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