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« Créer un imagier sur le thème des métiers. Tiens, ça ne doit pas être si compliqué ! » Voilà ce que je pensais jusqu’à ce que j’arrive au mot « professeur ». Madame le professeur ? Professeure ? Professeuse ? Professeur ? Oui, j’étais bloquée. Ben oui, je me rendais compte que je n’avais pas assez réfléchi à la question de la féminisation des noms de métiers avant de commencer à préparer mon activité. Si l’imagier reste un support plutôt pratique pour travailler le vocabulaire, il faut savoir reconnaître ses limitations car il s’agit de présenter de manière synthétique des questions parfois bien plus complexes. Alors, comment devrais-je procéder ?

Bien entendu, je vous avertis tout de suite : cet article n’a aucune prétention prescriptive. Il n’est surtout pas question de bonne réponse, mais d’essayer d’exposer quelques points de vue sur ce sujet parfois négligé, pourtant toujours polémique. Je crois avoir pu quand même envisager quelques bribes de réponses possibles que j’aimerais partager avec vous.

Se mettre à la place de l’autre

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Je me souvenais de l’époque où je n’étais pas encore enseignante, mais étudiante de français. On m’avait dit qu’il ne fallait surtout pas employer la forme féminisée « professeure » au risque de déclencher une réaction virulente de la part des enseignant.e.s. Je venais à peine de découvrir l’existence de ce mot qu’on m’interdisait son usage. Personne n’avait pris la peine à l’époque de m’expliquer longuement les raisons qui motivaient une telle interdiction.  « Ça existe, mais vous ne pouvez pas l’utiliser. Ce n’est pas beau. ». En gros, c’était cela que j’avais compris. Étudiante pas encore assez expérimentée dans la matière, je me disais que cela s’annonçait mal. Les règles d’usage n’étaient qu’une affaire de goût.

Or, si je devais anticiper les préférences linguistiques de chacun.e de mes interlocuteurs et interlocutrices, je ne m’en tirerais pas bien. Surtout parce qu’à mes yeux, le mot « professeure » n’était pas nécessairement moins beau que d’autres mots que je découvrais dans cette nouvelle langue. Ceci ne rendait pas les choses plus faciles.

Finalement, vous pouvez imaginer quelle fut ma surprise, en habitant au Québec, d’apercevoir l’emploi généralisé de cette forme féminine. « Ben voyons donc ! » Ce mot ne leur posait aucun problème apparemment.

Défense et illustration de la langue française

Comment mesurer l’influence de nos propos sur la représentation du français que se font les apprenant.e.s ? Quel pourrait être l’impact de ces représentations sur l’apprentissage ?

En voulant simplifier nos explications afin de rendre les informations plus accessibles, nous courons le risque de leur offrir une vision trop simplifiée des divers contextes linguistiques et culturels francophones, éloignée de la réalité des usages de cette langue.

Alors, quelles sont les formes préconisées dans les espaces francophones ? Quelles sont les diverses politiques linguistiques des régions francophones ?

Malheureusement, il serait impossible de rendre compte, dans un bref article comme celui-ci, de toutes ces différentes manières de concevoir la question de la féminisation. Ainsi, je devrai me contenter d’évoquer seulement quelques exemples qui, j’espère, vous donneront l’envie de plonger davantage dans ce sujet.

La féminisation des noms des métiers

Le Québec est le pionnier en ce qui concerne la féminisation des noms de métiers. Nous sommes en 1979 lorsque l’Office québécois de la langue française recommande aux Administrations de féminiser les noms de métiers dans la Gazette officielle du Québec, le journal qui recense l’ensemble des décisions d’ordre législatif et réglementaire prises par le gouvernement.

Cette initiative était motivée par la volonté d’établir une cohérence entre l’ordre linguistique et l’ordre social au Québec dans un contexte post-Révolution tranquille. S’il y avait désormais plus de femmes sur le marché du travail, il était raisonnable d’accorder les noms des métiers à cette nouvelle réalité sociale.

En 1988, le Canton de Genève réglemente l’usage de la forme féminine des noms de métiers, de fonctions, de grades ou de titres dans les actes officiels. Des publications comme le Dictionnaire féminin-masculin des professions, des titres et des fonctions et le Guide de Formulation non sexiste des actes législatifs et administratifs de 1991 préconisent l’usage des formes féminines « doctoresse » et « peinteresse ».

Le Conseil supérieur de la langue française publie, en 1994, la première édition du Guide de féminisation en Fédération Wallonie-Bruxelles après la votation en faveur de la féminisation des noms de métiers, fonctions, grades et titres dans le parlement de la Communauté française de Belgique

La perspective francophone

En effet, mettre en évidence les différentes manières dont cette question est traitée dans les aires francophones peut s’avérer l’une des clés possibles pour aborder cette complexité tout en valorisant aux yeux des apprenant.e.s la diversité culturelle et l’hétérogénéité linguistique  qui font la richesse de la langue française. Plusieurs guides comme ceux déjà évoqués ont été conçus ou mis à jour dans les dernières années pour venir à l’aide notamment des professeurs et professeures.

Au-delà des différences de positionnement, il paraît nécessaire de considérer la question de la féminisation des noms des métiers dans sa complexité et d’en faire part aux apprenant.e.s, qui ont besoin de connaître les systèmes culturels et linguistiques de la langue cible. Plus que transmettre le vocabulaire, il convient de montrer les divergences et d’encourager les apprenant.e.s à réfléchir sur la langue et ses usages.

Guides de féminisation