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La concession : définition

Pour analyser finement le fonctionnement et le sens de chaque connecteur concessif, les travaux de recherche des linguistes de l’école de Genève – Jacques Moeschler et Nina de Spengler, notamment – sont d’une grande utilité.

Je prendrai comme point de départ la définition que donnent ces deux chercheurs de la concession :

« un mouvement argumentatif complexe visant à présenter un argument (qu’il soit assumé par le locuteur ou attribuable à un interlocuteur) pour une certaine conclusion, et conjointement à présenter un autre argument plus fort pour une conclusion inverse » (J. Moeschler et N. de Spengler, 1982, p. 4).

Cette définition me parait présenter deux avantages :

  1. Elle isole clairement les éléments en relation (qu’ils soient explicites ou non) dans le cadre d’une concession : deux arguments et deux conclusions (on pourrait dire également deux causes et deux conséquences), ces deux dernières étant liées par une relation de contradiction.
  2. Elle introduit, avec la notion d’ « argument le plus fort », une opposition entre argument fort et argument faible assez intuitive et utile pour comprendre le sens général de la phrase concessive et les particularités d’utilisation de chaque connecteur.

Je prendrai un exemple, emprunté à J. Moeschler et N. de Spengler, pour illustrer ces deux points. On imaginera la situation suivante : je suis chez moi, j’ai mon après-midi de libre.

J’hésite : « est-ce que je sors ? » (choix n°1) ou « est-ce que je reste à la maison ? » (choix n°2).

Chacune de ces conclusions à un argument en sa faveur : « il fait beau » (choix n°1) et « je suis fatigué » (choix n°2).

Ce qu’on pourrait résumer ainsi :

tableau concession 1

Avec une phrase causale, je présenterai la conclusion qui l’emporte dans la prise de décision (je reste à la maison) et l’argument qui s’est avéré le plus fort (je suis fatigué) : je reste à la maison (+) parce que je suis fatigué (+). La conclusion non retenue (je sors) et l’argument faible (il fait beau) sont passés sous silence :

concession2

La phrase concessive, elle, permet une association du faible et du fort : Il fait beau (-) mais je reste à la maison (+), en mettant en relation – entre autres possibilités – un argument (Il fait beau) normalement en faveur d’une conclusion (je sors) contradictoire avec la conclusion choisie (je reste à la maison) :

tableau concession 3

Trois catégories de concessifs

À partir de leur définition, J. Moeschler et N. de Spengler répartissent les concessifs en trois catégories, selon qu’ils permettent l’expression de l’argument le plus fort, de la conclusion la plus forte ou de l’argument le plus faible (1982, p. 27). En adaptant cette classification à notre corpus de quatre concessifs, on obtient le tableau suivant :

tableau concession 4

Je déclinerai maintenant l’exemple cité précédemment avec chacun des quatre connecteurs de notre corpus, en les accompagnant de tableaux schématiques inspirés de ceux que proposent J.Moeschler et N. de Spengler dans leur article – que j’ai adaptés et simplifiés.

Connecteur Idée Exemple Tableau
Mais Argument (+) Il fait beau (-) mais je suis fatigué (+)  Tableau 1
Conclusion (+) Il fait beau (-) mais je reste à la maison (+) Tableau 2
Quand même Conclusion (+) Il fait beau (-), je reste à la maison quand même (+) Tableau 3
Pourtant Conclusion (+) Il fait beau (-), pourtant je reste à la maison (+) Tableau 4
Argument (-) Je reste à la maison (+), pourtant il fait beau (-) Tableau 5
Même si Argument (-) Je reste à la maison (+) même s’il fait beau (-) Tableau 6

Cette analyse sémantique rend intelligibles les impossibilités d’emploi de certains connecteurs dans des phrases données. On comprend par exemple que la phrase citée en première partie « il fait beau, pourtant je suis fatigué », syntaxiquement irréprochable, est en réalité impropre sur un plan sémantique : pourtant y introduit l’argument fort, ce qui est impossible (c’est la prérogative de mais).


MOESCHLER J. et de SPENGLER N. (1981) « Quand même : de la concession à la réfutation », Cahiers de linguistique française, n°2, pp.93-112. Article accessible en ligne.

MOESCHLER J. et de SPENGLER N. (1982) « La concession ou la réfutation interdite », Cahiers de linguistique française, n°4, pp.7-36. Article accessible en ligne.