test-test

Souvent, nous utilisons la chanson dans nos cours comme prétexte pour introduire ou illustrer un fait langagier. La chanson « Papaoutai » de Stromae avec son refrain lancinant est, par exemple, pertinente pour évoquer la construction des phrases interrogatives. Si une telle approche se révèle fructueuse sur le plan pédagogique, elle implique une didactisation assez lourde et des étapes d’écoute bien définies, compréhension globale et compréhension détaillée, qui ne sont pas sans rappeler cette bonne vieille épreuve du DELF-DALF. En procédant ainsi, nous nous focalisons surtout sur le texte et évacuons certains éléments essentiels de la chanson qui, loin de se réduire à des paroles, est aussi de la musique, une voix, une émotion, des images qui frappent, séduisent, obsèdent… et sont particulièrement efficaces pour s’approprier une langue.

Autre problème de taille, l’enseignant va faire des choix en fonction du niveau des apprenants et écartera d’emblée des chansons aux paroles complexes dont le sens est difficilement accessible à un débutant. Pourquoi un étudiant de niveau A1 ne pourrait-il pas apprécier « La Superbe » de Benjamin Biolay ? Depuis quand avons-nous besoin de comprendre chaque mot pour aimer une chanson ? Enfants, n’avons-nous pas tous fredonné allègrement en yaourt une chanson anglaise ou allemande dont le sens nous était hermétique ? Cette expérience en apparence anodine n’était-elle pas finalement notre première approche d’une langue étrangère ? Désormais, avec la vogue des plateformes comme Youtube ou Dailymotion, les chansons sont de plus en plus souvent mises en scène dans des vidéoclips qui explicitent en grande partie leur sens. Inutile d’avoir l’équivalent d’un niveau C2 en coréen pour comprendre que le vidéoclip « Gangnam Style » n’est pas une évocation tragique de la complexité des relations amoureuses mais plutôt un chant comique qui fait la satire d’un certain style de vie.

Projet web 2.0 : constituer une playlist collaborative sur Deezer

video brise glace

Ce que nous proposons ici, c’est d’utiliser la chanson française en cours en se détournant, en partie, de l’enjeu linguistique de la compréhension orale. Le projet consiste à élaborer avec le groupe-classe une playlist de chansons francophones sur Deezer, le site de musique en streaming. Chaque apprenant doit chercher sur le web un vidéoclip francophone qui lui plaît suffisamment pour le proposer au reste de la classe. Cela lui donne la possibilité dans un premier temps de trouver un exemple francophone d’un genre musical qu’il apprécie puis d’être confronté ensuite aux goûts des autres et enfin de voter pour inclure ou non les titres proposés dans la playlist. Il s’agit donc de la découverte collective d’un univers musical.

L’intérêt d’un tel projet est de constituer très rapidement un corpus conséquent de titres francophones accessible à tous sur Internet et que l’apprenant pourra écouter dans ses moments de loisirs, pour le plaisir… Aucun doute qu’une telle pratique a priori sans objectif didactique l’aidera à modifier son paysage sonore et à enrichir de façon détournée sa connaissance de la langue. Bien évidemment, comme la découverte n’a pas d’enjeu linguistique direct, l’enseignant peut difficilement passer deux heures à projeter les vidéos proposées. Il est donc préférable de travailler de façon transversale en proposant une seule vidéo à chaque début de cours. Les premières minutes sont en effet souvent essentielles pour lancer un cours.

Utiliser la chanson comme brise-glace

Si le brise-glace désigne en général une activité qui permet aux apprenants de faire connaissance entre eux, il peut également être utilisé à chaque début de cours comme une sorte… d’échauffement… C’est pourquoi nous proposons ce terme de « vidéo brise-glace » où l’usage d’un TBI est fortement recommandé. La projection d’un vidéoclip sur grand écran est finalement peu fréquente dans la vie quotidienne et capte de façon efficace l’attention du groupe-classe. Elle crée ainsi une sorte de parenthèse esthétique très agréable. On découvre la langue-cible sans être importuné par l’enjeu scolaire de la compréhension. Le seul objectif linguistique réside dans le débat sommaire qui suit la projection : l’apprenant doit être capable d’exprimer ses goûts en français

Après la projection complète du vidéoclip, l’enseignant peut lancer la discussion collective autour de quelques questions simples : la chanson est-elle triste ou gaie ? Quel style de musique ? Quel est le thème général? On peut éventuellement expliquer le titre de la chanson, en se gardant d’aller plus loin sur le plan lexical. Il est possible aussi de s’intéresser à l’identité de l’artiste, sa nationalité, les langues qu’il parle… Mais le véritable but de l’activité est de procéder à un vote collectif. La chanson qu’ils viennent d’écouter est-elle digne d’entrer dans la playlist de la classe ? Oui ? Non ? Pourquoi ?

Si le consensus est, en général, de rigueur, il arrive parfois que la chanson soit rejetée. Je me souviens ainsi d’un bide retentissant avec « Ne me quitte pas » du grand Jacques que mes apprenants latinos trouvaient vraiment trop pathétique.

Une fois la playlist constituée, celle-ci n’est pas statique et il est possible de continuer à l’enrichir avec des chansons étudiées de manière plus classique en classe, l’objectif étant de proposer à moyen terme une quinzaine voire une vingtaine de titres en français. Il est possible de devenir fan de la playlist  sur Facebook.

À travers cet exemple de projet, nous souhaitons mettre en évidence les avantages qu’il y a, en FLE, à tenter ponctuellement une approche esthétisante de la langue-cible. Les objets culturels que nous proposons au groupe-classe ne devraient-ils pas parfois n’avoir d’autre fonction que celle de la découverte et du plaisir ? Certes, cette pratique ne peut pas constituer un cours en soi parce qu’elle s’éloigne trop de la dimension langagière. Il n’empêche qu’elle offre un moment d’émotion esthétique qui peut se révéler très productif en termes de motivation et créer une véritable passerelle vers la culture-cible.