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Dans ces articles mensuels, nous nous interrogeons (et nous vous interrogeons) sur des sujets autour desquels les enseignants de FLE ne sont généralement pas d’accord entre eux. Contextes, habitudes, pratiques… Clarifions nos choix ! Débattons ! Rejoignez le débat en ajoutant votre opinion.

 

set of star rating symbolsPour (Céline)

C’est sans ambiguïté de mon côté : la réponse est un grand pour !

Je tutoie mes apprenants parce que c’est très naturellement que le  «tu»   sort de ma bouche, alors pour m’éviter mille réflexions, reprises et cafouillages, je propose et explique à mes groupes le recours au «tu réciproque».

Ce choix est même devenu partie intégrante du contrat pédagogique que j’instaure avec les apprenants. Si je me permets d’utiliser le «tu», eux aussi, car nous sommes dans une relation à égalité d’adulte à adulte. Cela ne m’empêche pas pour autant d’être intransigeante sur la séparation des utilisations du «vous» et du «tu», et de refuser le titre de “Madame Céline” (qui en contrepartie me fait beaucoup rire). Énoncer clairement cette règle est souvent un moyen pour aborder les utilisations de ces deux formes afin de les remettre dans leurs contextes adéquats.

set of star rating symbolsContre (Pascal)

C’est un peu intuitivement que le «vous» m’est venu dès mes débuts dans le FLE. Probablement parce que ce «vous» me mettait en confiance : avec le vouvoiement, je me donnais une légitimité et une autorité qui me permettait de gérer mon insécurité de prof débutant.

Tout ça n’était pas vraiment conscient, mais au fil du temps j’ai gardé cette habitude. À la réflexion, je préfère le «vous»  parce que je ne crois pas trop à la relation d’égal à égal dans une formation : j’ai beau tenter de démythifier le statut du prof, partager les savoirs, favoriser la collaboration, etc., je reste le « maître » des lieux. C’est moi qui contrôle l’organisation de la salle, la gestion du temps, le choix des contenus, qui ai l’autorité légitime pour faire taire ou parler quelqu’un, valider des acquis, autoriser le passage d’un niveau à l’autre, et parfois annoncer de mauvaises nouvelles… Je suis dominant, un peu malgré moi, et l’usage du «vous» est pour moi ce qui correspond le plus fidèlement à mon statut dans la classe.

Cela dit, c’est un sujet dont je débats souvent avec les apprenants, qui aiment en parler généralement. Cela suscite des réflexions passionnantes sur les habitudes sociales et culturelles, la position d’apprenant de langue, etc. Un bon exercice d’expression orale !

young crazy man worried

 

set of star rating symbolsPour (Gabrielle)

Je suis pour, sur le principe. Je tutoie la majorité de mes apprenants qui me tutoient à leur tour, mais je dirais que le choix dépend vraiment du contexte d’enseignement, du type de public et de l’âge des apprenants.

Je travaille dans une école de langue pour adultes en France. Beaucoup viennent spécialement de l’étranger faire un séjour linguistique. Quelques-uns travaillent déjà en France. Moyenne d’âge 20-26 ans, mais on peut avoir des apprenants à partir de 16 ans et sans limite d’âge (record : 92 ans !)… Le premier jour de cours, je leur laisse toujours le choix du tutoiement ou du vouvoiement. Toujours sur le principe de la réciprocité. Et je ne tutoie jamais d’emblée : je vouvoie jusqu’à ce que j’aie posé la question.

Bref, j’essaie de faire “comme dans la vraie vie” !

De plus, ce «tu réciproque» met indirectement en évidence le fait que nous sommes un partenaire pour l’apprenant dans son apprentissage, nous l’aidons à devenir plus autonome, sans relation hiérarchique trop marquée  (ceci n’impliquant aucun jugement de valeur contre le vouvoiement !)… J’avoue toutefois avoir un peu de mal à tutoyer certains apprenants de plus de 70 ans, environ, même s’ils me le proposent, mais ça peut dépendre plus de leur personnalité que de leur âge…

Et quand j’ai des étudiants en cours particuliers, et qu’ils sont considérés comme “VIP” (exemple : cadres d’une boîte partenaire), je les vouvoie et ne passe au tutoiement que s’ils prennent l’initiative de me le proposer.

set of star rating symbolsPour (Anneline)

J’enseigne à des étudiants adultes, de nationalités variées, et non débutants. Ne sachant pas comment cette différence entre le «tu» et le «vous» leur a été présentée, je leur indique au premier cours que je vais les tutoyer, et je leur demande ce qu’ils pensent faire à mon égard (qui est toujours du vouvoiement depuis l’apparition de quelques stigmates de l’âge…  c’était aussi très fréquent en début de carrière). On en discute très rapidement, je leur explique qu’il ne s’agit pas d’un manque de respect mais bien de réduire la distance, ce que je trouve nécessaire à l’expression libre. Comme je travaille beaucoup sur des activités créatives, j’ai besoin qu’ils se sentent en confiance pour pouvoir se lâcher.

J’ai parfois craint que des Japonais, par exemple, se sentent choqués par ce manque de distance sociale. Pourtant, ça ne leur a jamais posé de problème. Parfois, il me semble difficile de tutoyer certains étudiants du fait de leur âge ou de leur statut. Finalement, cette hésitation reflète la “vraie” vie, ce que je ne manque pas de leur signaler : pour les Français non plus, ce n’est pas toujours aisé de décider !

Autre raison d’utiliser le «tu», émotionnelle cette fois : en tant qu’élève et étudiante, le «vous» en classe est resté pour moi un souvenir (pour certains) de cours stricts, sans interactions. Ce n’est pas dans ce type de classe que je me projette. je n’ai pas ce souvenir dans des cours avec le tutoiement. Cet argument n’est absolument pas objectif, mais… nos choix subissent l’influence de nos émotions.

Dernière utilité d’utiliser le «tu» : distinguer, en classe, les formules d’adresse : je m’adresse à 1 personne, pas au groupe, et accessoirement ou pas, ça permet d’employer un maximum de formes conjuguées, de bases verbales.

young crazy sports man. happy expression

set of star rating symbolsPour (Lamia)

Je suis entièrement d’accord sur le principe de tutoyer ses apprenants. Cette façon de faire brise une certaine barrière qui s’installe généralement lorsqu’on vient de faire, pour la toute première fois, la connaissance de personnes que l’on ne connaît pas encore. Cette situation peut être tout à fait similaire avec des apprenants qu’on vient de prendre en charge dans une situation d’enseignement/apprentissage, en l’occurrence, d’une langue étrangère.

A priori, ces apprenants manifestent beaucoup d’appréhension quant à l’apprentissage de cette dernière et passer au vouvoiement peut constituer une réelle épreuve à surmonter parallèlement aux problèmes de communication auxquels ils sont confrontés au quotidien. Alors, à mon avis, tutoyer ses apprenants ne peut être que gratifiant et réconfortant, aussi bien pour les «apprenants» qui font la formation que pour les «enseignants» qui assurent le suivi.

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Ni pour Ni contre (Nathalie)

Je n’ai pas de position de principe. Actuellement, je tutoie de manière réciproque la moitié de mes étudiants (en cours particuliers). La plupart du temps, c’est eux qui donnent l’impulsion vers le «tu» ou le «vous». J’aborde systématiquement le sujet dès les premiers échanges en leur disant qu’ils ont le choix. Je précise toutefois qu’il peut être plus ou moins intéressant pour eux de pratiquer une des deux formes. Par exemple, une personne qui a besoin d’un français professionnel devra absolument maîtriser le «vous». Quelqu’un qui veut apprendre un français courant, utilisable dans un cadre de loisirs aura intérêt à pratiquer le «tu». Quel que soit leur choix, je programme de temps en temps des jeux de rôle pour pratiquer l’autre mode relationnel. Personnellement, je ne perçois pas de différence de proximité entre le «vous» et le «tu» dans le cadre de mes formations. Cela ne modifie pas du tout la relation avec mes étudiants (du moins de mon point de vue). J’ai vécu dans des pays où le «tu» est le mode de communication courant et je me sens très à l’aise avec le tutoiement, quel que soit l’âge de la personne. D’autre part, j’ai aussi l’expérience du vouvoiement avec des membres de ma famille dont je suis proche. Ce n’est pas pour moi une barrière pour des relations chaleureuses.

Consultez l’article sur le site de Nathalie sur l’utilisation du tu et du vous


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