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L’article à suivre ne s’appuie sur aucune théorie particulière mais sur une analyse de pratiques et une conscientisation de celle-ci. Le questionnement est né à travers différents échanges avec des collègues mais aussi et surtout avec des amis qui n’exercent pas dans le domaine de la formation.

Ces discussions m’ont amenée à comprendre que sans y avoir réellement réfléchi j’adoptais un positionnement particulier face à ma profession où la relation à « l’Autre » (c’est-à-dire à l’apprenant et au groupe) est centrale. Alors pourquoi m’arrêter sur ce thème, si je considère que ce positionnement m’appartient ? Sans doute, parce que je me suis rendue compte que c’est cet aspect qui guide mes choix pédagogiques et ma réflexion didactique dans son ensemble.

Quelle place donnée à l’objet d’enseignement-apprentissage ?

Ma compétence s’appuie sur cette langue que j’analyse et décortique afin d’accompagner d’autres personnes vers la maîtrise de celle-ci afin de répondre à des besoins communicatifs en premier lieu. (Une première nécessité est la communication au sein du groupe et avec l’enseignant).

Note : je fais référence ici à mes contextes d’enseignement-apprentissage principaux et j’omets de manière tout à fait volontaire des cas spécifiques où l’apprentissage de la langue répond à des besoins autres que la communication.

Cependant, suivant les contextes d’enseignement-apprentissage, l’objet lui-même peut prendre des places diverses :

Lorsque j’enseigne à un public migrant en France, à des personnes peu ou pas scolarisées, ma perspective de l’apprentissage linguistique prend une dimension très pragmatique. Mes objectifs se traduisent en situations quotidiennes à faciliter (et aussi à dédramatiser). Si je ne suis qu’une simple prof de français, la dimension sociale et la prise en compte de la situation de chaque apprenant prend plus de place que dans d’autres contextes.

Avec un public étudiant, le linguistique (l’objet) se repositionne en termes plus scolaires et prend une plus grande place même si la langue ne se coupe pas de la découverte devin et fromage - culture la culture qui l’entoure.

A l’étranger (contexte hétéroglotte), j’endosse un rôle que je n’aime pas spécialement de « représentante culturelle » et cette langue coupée dans le contexte immédiat d’une utilité quelconque dans la plupart des cas devient un objet à désacraliser (car idéalisée par les apprenants ou perçue comme une langue très complexe et donc difficile à maîtriser)

Quelle image du rôle de l’enseignant ?

J’accepte ce rôle et ce parfois « titre » sans aucun problème, cependant mon questionnement se porte sur les concepts personnels que je fais entrer sous ce terme. Être enseignant de français, qu’est-ce que cela implique en termes de positionnement face à l’Autre ? Qu’est-ce qu’un enseignant selon moi ?

Un médiateur entre des savoirs, savoir-faire et savoir être propres à une langue et une culture et l’apprenant désireux de découvrir (pour des raisons qui lui appartiennent) ma langue et ma culture (car oui, je suis native française et par là même francophone).

Une animatrice d’un groupe de personnes amenées à passer du temps ensemble. Il m’appartient donc de créer des conditions favorables à la collaboration entre des personnes parfois d’horizons très divers.

Une ressource : L’enseignant est celui qui doit avoir la capacité de mettre en évidence des différences culturelles et ainsi faciliter la mise en mots des incompréhensions mutuelles.

Une francophone désireuse de découvrir la culture de l’Autre. Il s’agit pour moi d’un point central : je n’envisage pas un instant ma profession sans une réciprocité dans la volonté d’ouverture que cela implique. Je ne peux avoir la prétention « d’enseigner » le français si je ne souhaite pas découvrir une autre langue, une autre culture.

Rôle de désamorçage des blocages personnels en lien avec l’apprentissage de la langue. Je résumerai ce point en faisant appel à mes souvenirs adolescents où l’apprentissage de l’anglais était devenue une torture tant la peur de mal faire avait pris le pas sur l’envie de parler. Ma plus grande satisfaction dans ma profession est d’entendre un étudiant me dire qu’il n’a plus peur de s’exprimer en français.

Quelle image de l’apprenant ?

Ma question repose sur ma représentation des apprenants (je ne parle pas ici de la réalité de mes apprenants mais de comment j’aborde ces nouvelles rencontres)

En France :

Je nourris une certaine admiration et envie envers ces personnes qui, pour des raisons diverses, font le choix de s’installer dans un autre pays. Une certaine forme d’empathie se met en place au sens où je peux faire des parallèles entre leur expérience et mes expériences de vie à l’étranger.

Percevoir les individualités : si je cherche à connaître leurs besoins et leur positionnement par rapport à la langue, je ne cherche cependant pas à connaitre leurs histoires personnelles si celle-ci n’a pas de raison d’intervenir dans la dynamique d’enseignement-apprentissage. (Je nuance mon propos car dans des contextes d’enseignement où la fragilité sociale du public est une constante, le vécu viendra prendre une place plus importante)

terre en herbe

A l’étranger :

La première image des apprenants qui assistent à des cours sont des gens curieux de découvrir une langue et une culture, qui font une démarche d’ouverture vis-à-vis de ma culture. Je les envisage également comme des médiateurs entre mon pays d’accueil et moi.

Dans le cas de public captif, la démarche est différente : je m’imagine rencontrer des adolescents aux intérêts divers dont la rencontre constitue un challenge. Comment les amener à développer leurs compétences à travers une langue au caractère parfois obligatoire ?

Quel que soit le contexte, il me parait donc important de prendre en compte l’individualité des apprenants afin de les intégrer à un groupe mais aussi pour adapter au mieux mes approches et méthodologies à leurs attentes.

Comment ces réflexions se traduisent dans ma pratique ?

S’il m’est impossible de penser mes cours comme une démarche statique et applicable à chaque contexte, je peux cependant repérer certains aspects qui vont guider mon travail.

  • Un échange en début de formation sur les objectifs de chacun afin de comprendre la démarche dans laquelle s’inscrivent les individus en face de moi afin de m’adapter à leur besoin et leurs attentes.
  • Réciprocité en jeu : rien de tel que de se mettre « en danger » dans une autre langue pour faire entendre aux apprenants que l’apprentissage d’une langue est quelque chose de partagé.
  • L’échange libre des expressions (dans le respect de l’autre cela va sans dire).
  • Laisser la parole à l’apprenant en tant que passeur de connaissances (au niveau linguistique et au niveau culturel).
  • La bienveillance me semble devoir être centrale (« je ne comprends pas ce que tu souhaites exprimer mais par diverses techniques nous allons finir par nous comprendre »)
  • La responsabilisation de l’apprenant, qu’il soit adolescent ou adulte, je n’ai aucune prétention d’être à la base de sa réussite ou de son échec dans l’atteinte de ses objectifs linguistiques. Ce positionnement se traduit par un discours évident de prise en charge de son apprentissage où je ne m’impliquerai qu’à la mesure de mon rôle. (je fixe des objectifs, des étapes pour les atteindre, explicite le travail personnel que cela implique, mais je me refuse à un rôle de policier ou d’encadrant car j’estime n’avoir aucun pouvoir sur cette donnée)

Finalement un cours est pour moi un moment de rencontre et si la position en elle-même crée un décalage de positionnement, je pense que je m’attache à réintroduire un équilibre. (Vous apprenez avec moi et j’apprends avec vous – vous ne pouvez pas prononcer « u » je ne peux pas prononcer « r » dans votre langue)

Je pense que j’aime tant ce métier pour une raison simple et évidente ; C’est moi qui apprends le plus, c’est moi qui remets en cause chacune de mes certitudes et en plus j’ai la chance de rencontrer de nouvelles personnes de manière constante.