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Or donc, notre prof empathique décide de passer un examen

Petit décalogue a posteriori de ses découvertes avant, pendant la préparation, le jour de l’examen et après. Pas de quoi baptiser un nouveau continent, mais de quoi faire cogiter un peu. Partagez vos témoignages en laissant un commentaire.

Tu te donneras un objectif académique

En contexte scolaire, tu vois souvent tes élèves travailler “pour la note”, et ne rien faire s’il n’y a pas de sanction. Comme eux, avoir un objectif avec une date et une note peut influencer ton apprentissage. L’évaluation sociale de la vie quotidienne en pays d’accueil est parfois trop bienveillante et se contente de trop peu. L’évaluation certificative motive à se dépasser. L’expérience enseigne qu’on s’acharne bien plus au travail avec la carotte de la note. Un mot, une structure devient précieuse lorsqu’elle peut faire gagner autre chose qu’un sourire indifférent de commerçant. C’est idiot et même assez triste, mais c’est humain. Tu comprends un peu mieux tes adolescents captifs désormais.

Tu te donneras la possibilité d’échouer

Pour être en totale empathie de stress et d’insécurité, comme tes apprenants, tu viseras un niveau au-dessus de tes capacités. L’enjeu doit être de taille. Si tes apprenants jouent leur admission en fac, leur Bac, une augmentation ou leur visa, il faut que toi aussi tu aies quelque chose à perdre, ne serait-ce que ton honneur. Aussi, si tu t’estimes en B2 et que certains collègues te positionnent en C1, tente le C1! Se mettre en danger rend l’expérience plus excitante. Ne tente pas un C1 si tu t’estimes en A2, même si tes apprenants le font. : )

Tu relativiseras les niveaux et les tâches

examenIl n’y a pas que le DELF dans la vie, et il est bon parfois de sortir de l’ethnocentrisme français, de voir ce qu’on propose ailleurs en matière d’évaluation (voir par exemple le descriptif). Ainsi, on découvre que le C1 est tout relatif, et qu’un DELF B2 met la barre aussi haute qu’un examen C1 dans une autre langue. De là, on comprend mieux qu’une apprenante prétende au DALF C1 en fin de lycée (non bilingue) parce qu’elle a eu un examen C1 en anglais. Parallèlement, il existe une différence abyssale avec ce qui est demandé en expression orale. (Que penser d’un oral de 20 minutes où deux candidats sont invités à converser sur un thème donné, avant de leur montrer 3 photos sur un PC pour les faire parler sur un autre thème, comme ça, à chaud ? Difficile de pondre un discours digne et structuré sans préparation. L’oral sans préparation condamne un peu à la banalité des propos.)

Tu apprendras le compromis

Bien que certains thèmes des niveaux élevés exigent d’avoir un semblant d’opinion sur des sujets auxquels tu n’as jamais réellement réfléchi, tu te souviendras qu’un examen de langue n’est pas un test de QI. Il te faudra accepter de mettre en veilleuse ton intelligence et ton esprit polémique, pour formuler des phrases affligeantes de banalité, mais susceptibles de plaire à l’examinateur. Elles ont le bon goût de pouvoir être improvisées, sans préparation. Tu auras alors conscience que tes fameux élèves qui ne pipent mot en cours d’oral n’en pensent pas moins. Ils pensent même trop. Ils sont frustrés d’être obligés de dire des évidences pour montrer qu’ils ont du vocabulaire, là où ils aimeraient refaire le monde. Un oral de langue, c’est comme l’adolescence pour paraphraser Musil, on aimerait tant être quelqu’un sans en avoir les moyens…

Tu frôleras l’overdose lexicale

Le risque d’écœurement est réel. Des listes entières de mots, de phrases à mémoriser. La tête obsédée par des concepts comme le chômage, le monde du travail, l’écologie, et comment on dit « tri sélectif » déjà ? Comme tes apprenants, tu expérimenteras la saturation face au gavage des oies (l’oie, c’est toi). Tu te demanderas pourquoi tant de haine, et pourquoi c’est si important de savoir dire « réchauffement climatique » et « taux de natalité » ? Tu noteras au passage qu’il faut en général 3 semaines pour fixer un nouveau mot un peu compliqué (étranger au quotidien et aux intérêts) et qu’il ne te revient pas en tête le jour où tu en as besoin en situation de stress. De là, tu seras désormais plus clément avec la mémorisation sur le long terme.

Tu entraîneras ta main et tes oreilles dans une cagecrayons

Tu feras ce que tu faisais si rarement, tu écriras, et au stylo. Tu écriras sans relâche pour fixer l’orthographe, les formules de politesse, les codes culturels, la ponctuation. Tu comprendras qu’on n’écrit jamais trop, qu’on ne répète jamais assez l’exercice, et que les structures se télescopent malgré des sujets différents. Bien sûr, tu respecteras les contraintes : 45 minutes chronomètre à la main, 300 mots minimum, thème et cadre donné. L’écrit de langue est un exercice de style, et le style, ça se travaille comme une mosaïque. Patiemment, régulièrement. De la même manière, tu auras beau écouter la radio et la comprendre, ta préparation est vaine sans questions. L’expérience enseigne que sans feuille de route, sans tâche, la compréhension est biaisée. Il y a encore une fois une grande différence entre comprendre pour vivre, et comprendre pour répondre à un examen.

Tu parleras seul si tu peux

Se préparer à un oral de langue, c’est évidemment parler. De là, tu réévalueras l’importance de l’interlocuteur, y compris dans le monologue. Car tu sais désormais à quel point il est difficile et artificiel de pratiquer seul. Certes, tu peux te faire de longs discours à toi même, ou devant un miroir, rien ne remplacera l’œil attentif, l’oreille du natif bienveillant même s’il fait semblant de t’écouter. Parler une langue étrangère, c’est parler à quelqu’un. Tu auras au passage la confirmation de ta légitimité de prof particulier, s’il t’arrive d’avoir des étudiants qui te payent pour que tu les écoutes. Ils ont besoin de toi, même si tu n’as pas l’impression de leur apporter grand chose.

Tu découvriras des supporteurs

équipe Il suffit d’un collègue et c’est tout l’établissement qui est au courant. Une effervescence commence alors autour de toi, et tu as l’impression d’être un héros qui part en croisade. Des collègues se proposent de te faire pratiquer l’oral, d’autres te prêtent des textes. Tes apprenants les plus rebelles soudain se révèlent fascinés par ton entreprise. Un jour d’ absentéisme de masse, ils s’offrent de te faire passer une simulation d’oral, (certes pour ne pas étudier, mais aussi par « service rendu » et « envie que tu réussisses », belle démarche interculturelle). Que tes apprenants te soutiennent et te poussent comme un athlète avant le pentathlon, et voilà les masques qui tombent pour se redécouvrir semblables. L’empathie change de camp et devient sympathie.

 

Tu lutteras jusqu’au bout

Car tu seras tenté de fuir entre deux épreuves quand une des 4 ne se sera pas passée comme tu veux. Tu rencontreras une prof d’espagnol dans le même cas que toi, (en expérience d’empathie) et ça te remontera le moral jusqu’à la fin. Avec elle, tu deviseras sur l’injustice d’un écrit qui ne propose que 2 gros textes, là où le DELE en propose 5 et sur l’effet démoralisateur de la compréhension orale. Tu prendras en considération les conséquences de cette sensation sur les compétences de tes futurs examinés. Mêmement, tu auras à cœur de bien enseigner à tes apprenants à ne pas baisser les bras à cause d’un échec dans une compétence. Tu leur apprendras à ne surtout pas se laisser déstabiliser par de méchants documents audio authentiques pimentés de questions pièges.

Tu seras frustré et tu rumineras

joie Après le tout, tu rumineras tout ce que tu aurais pu écrire, dire, ce que tu n’as pas compris, et tu seras amer comme un de tes apprenants. Tu commenceras même à avoir du ressentiment contre cette langue qui t’as fait tant de mal en te mettant en échec. Et tu te diras que l’école, l’examen ne fait décidément rien pour faire aimer les langues. Tu te demanderas s’il vaut mieux être intégré dans la société ou avoir un bout de papier. Et puis tes apprenants te donneront une tape sur l’épaule en forme de « c’est pas grave, c’est qu’un exam. Nous on sait que tu parles bien, ça te suffit pas ? Et puis attends les résultats. On croit toujours avoir échoué juste après l’épreuve et puis…». Et puis tu réussis, et tu leur donnes raison. Ivre de joie, tu te dis que cette leçon valait bien un fromage sans doute…

 

 

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