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Langue inconnue

EducationQui n’a pas eu, au cours de ses études de français langue étrangère, un module de grec, de persan, de tamoul ou de kurde ? Qui n’a pas été confronté à une langue inconnue dans le cadre de sa formation professionnelle pour se mettre dans la peau de l’apprenant et en tirer les leçons de son choix ?

Enfonçons une porte ouverte : l’apprentissage d’une langue étrangère est toujours bénéfique à celui qui a la prétention d’enseigner la sienne. Surtout s’il s’accompagne d’une réflexion personnelle et d’un regard critique sur les pratiques de l’enseignant et de son propre comportement. Parallèlement, on ne dira jamais assez à quel point il est vital de passer de l’autre côté de la relation pédagogique pour développer patience et empathie avec ses propres apprenants.

A condition cependant que cette expérience ne se résume pas à un vague souvenir de fac, rangé dans le même tiroir que les cours de « glosso-phonétique désarticulatoire et de syntaxe métamoléculaire ». A condition qu’elle intervienne comme une piqûre de rappel, régulière donc. L’enseignant, devant les impératifs logistiques de sa vie professionnelle a bien souvent très peu de temps de cerveau disponible pour prendre le temps de se souvenir de son désarroi devant l’alphabet arabe avant de répondre un peu violemment à cet élève qui refuse de mettre des accents au passé composé. Militons donc pour l’expérience empathique régulière, à long terme. On réactive les connaissances du CERCL et les réflexes des examinateurs du DELF tous les 3 ans, (au cas où ils seraient devenus SS ou bisounours entre temps, ou auraient succombé au perfide effet de halo de l’apprenant jeune et joli(e)…). Pourquoi ne pas réactiver, réhabiliter, sur le même principe nos neurones miroirs et nos capacités d’auto-analyse face à l’apprentissage ?

 Évaluation sociale

Ceux qui par goût collectionnent les langues des pays où ils ont enseigné, ceux qui ont à cœur d’apprendre la langue de leurs apprenants, par respect ou par curiosité, ou par désir d’intégration dans le pays où ils prennent racine, sont bien souvent déconnectés de ces enjeux d’auto-réflexion sur la didactique en classe.

Qu’ils apprennent sur le tas ou sur le pouce, ils expérimentent chaque jour la forme la plus vivante de l’évaluation : l’évaluation sociale. Ce sont les autochtones qui évaluent et valident par leur collaboration plus ou moins efficace, dans les interactions de chaque jour, la performance linguistique du prof apprenant. Concrètement, le prof de FLE s’estime en B1 lorsqu’il arrive à expliquer à la banquière qu’il voudrait verrouiller sa carte parce qu’il a acheté un truc sur un site louche. Et avec ça ?

Avec ça, on s’éloigne de l’empathie qui nous est chère. Rares sont ceux de nos apprenants, en cadre scolaire du moins, qui auront le plaisir d’être évalués sur leurs compétences en français par un contrôleur de TGV. Ils passent donc un examen de langue. Raison pour laquelle, le prof de fle…p  téméraire se doit lui aussi de se soumettre au jeu.

Examinateur examiné

examUn jeu de rôle d’autant plus instructif que le prof a souvent l’habitude d’être du bon côté de la table de DELF. Lorsqu’on passe de la position confortable de l’examinateur qui a le pouvoir de mettre des notes à celle plus précaire de l’examiné en situation de demande, ça donne quoi ? Quand l’examinant, payé pour être là, devient examiné, payant pour être là, ça donne quoi ? Quand le dominant devient dominé, quand celui qui tient le fouet s’apprête à quémander quelques coups, quand le rapport de force s’inverse, il se passe quoi ?

Un semblant de réponse et un appel à témoin dans un prochain article.