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Mettre en place l’approche actionnelle avec Jean Lamoureux et Ismaël Combette, de l’École suisse de Paris

entretien-FOST’enseignes-tu (le FLE) ? : Jean et Ismaël, vous venez d’animer un atelier de formation de formateurs, est-ce que vous pourriez nous dire, en quelques mots, en quoi il consistait ?

Jean Lamoureux : L’atelier s’appelait « Les reporters de la langue ». L’idée, c’était de faire le lien un petit peu entre ce qui se passe dans l’école et la réalité de la langue à l’extérieur de l’école. Donc on a proposé plusieurs activités qui sont préparées en classe et qui se déroulent à l’extérieur.

Ismaël Combette : C’est utiliser à la fois l’environnement extérieur et l’apprenant comme ressource pédagogique. Ce sont des activités qui se mettent en place très facilement et qui ne nécessitent pratiquement aucun matériel. On a besoin de préparation, bien sûr, mais avec les apprenants. Et ces activités sont adaptables à plusieurs niveaux, à peu près à tous les niveaux d’apprentissage. C’est basé bien sûr sur l’interaction entre l’apprenant et son milieu avec comme guide et animateur, on va dire, le prof.

Jean Lamoureux : Et quelquefois, le prof est absent aussi parce que les apprenants partent en équipes dans la ville, faire différentes activités. Et l’idée, c’est par certaines activités d’observation, dans les jardins, dans les rues, d’éveiller leurs sens, de les rendre plus attentifs, de se poser plus de questions sur ce qu’il y a autour d’eux, d’être capable de questionner, de raconter, de restituer : « j’ai vu ça, pourquoi, comment… ». Ils travaillent sur un matériel qu’ils ont vu réellement et qui n’est plus le matériel de la classe.

Ismaël Combette : En fait, c’est changer leur regard, prendre la réalité sous un autre angle, vraiment observer le détail à côté duquel on passe chaque jour, sans se poser aucune question. Donc ça va du kiosque à presse (où on va observer les titres) au nom des rues, bref tout ce qui est écrit dans la rue. Ça consiste à observer également les attitudes des gens croisés aussi, et puis se poser des questions, « Pourquoi ça se passe comme ça ici ? », à comparer avec son pays d’origine. En fait, c’est toujours des choses très simples, finalement. C’est toujours le regard du « candide » dans une réalité nouvelle et c’est vraiment développer ce regard-là.

Jean Lamoureux : Puis on a fait des activités qui sont aussi dans la classe, sur le thème par exemple « Les Français sont râleurs, paraît-il » : il s’agit de dire pourquoi, de trouver des situations, de les jouer. On travaille sur le thème aussi à l’intérieur, on explique comment on perçoit les gens… Il y a une double approche, disons.

Ismaël Combette : Sur les stéréotypes, on réfléchit à comment les mettre en question…

Jean Lamoureux : Et dans les ateliers de formation de profs, on met en place des activités un peu comme on fait en classe, des activités participatives. Les ateliers durent deux heures et demie, c’est assez long donc on va mettre les profs qui assistent à l’atelier en situation de tester les activités par eux-mêmes.

Ismaël Combette : Ce n’est pas un cours magistral. Comme on n’en fait pas dans nos classes, dans les formations de formateurs, on reproduit le même principe avec d’autres apprenants, on peut dire que là, les profs sont également en position d’apprenants.

Jean Lamoureux : Et tous les ateliers ont été bien appréciés pour ça, je crois, les gens ont bien participé, ont été sollicités. Et pour nous, l’atelier s’est assez bien passé, mais on n’a pas fait tout ce qu’on voulait faire parce que pour peu que la participation se mette bien en place, le temps défile très vite.

Ismaël Combette : Il y a toujours une mise en application et ensuite une réflexion, une mise en commun.

T’enseignes-tu (le FLE) ? : Et les participants, vous les avez trouvés très impliqués, ils ont bien participé ?

Jean Lamoureux : Oui, oui, et la plupart d’entre eux apportent beaucoup de très bonnes idées, en plus. Il y a aussi une mise en commun d’idées qui est vraiment très riche. Et un des points qu’on a soulevés, c’est celui du smartphone, le smartphone en classe, c’est la bête noire : « Interdire, pas interdire, comment faire ? ». Pour apporter des réponses, c’est intéressant que les profs mettent en commun leurs activités et leurs pratiques et réfléchissent à comment l’utiliser comme un vrai outil pédagogique.

Ismaël Combette : Et à l’École suisse, comme il y a une antenne à Paris et à Dijon, on travaille déjà complètement dans cette dynamique-là, donc c’est intéressant de faire partager, d’une manière très concrète, cette expérience quotidienne qu’on a de la pédagogie.

T’enseignes-tu (le FLE) ? : Alors justement, vous évoquez l’établissement dans lequel vous travaillez, est-ce que vous voulez dire un mot justement sur ce que vous y faites et le public que vous y recevez ?

Jean Lamoureux : On s’appelle « l’École suisse internationale », c’est une maison qui a été créée il y a 130 ans par des Suisses au tout début, à Paris, pour faire une sorte de club culturel, et qui a proposé peu à peu des cours du soir et puis c’est devenu une école de français à proprement parler depuis à peu près 80 ans. Et puis il y a une vingtaine d’années, l’école a ouvert un centre à Dijon. Et à Dijon, on reçoit plutôt des groupes suisses, c’est beaucoup plus près de la Suisse, donc Paris reçoit plutôt des individuels de toutes nationalités et Dijon reçoit plutôt des groupes. Mais maintenant, c’est en train de changer un petit peu, on essaie à Paris de s’ouvrir à des groupes et finalement, les deux identités entités se complètent tout à fait l’une l’autre.

Ismaël Combette : Ce sont des stages de 15 jours, à Dijon, c’est 15 jours intensifs, en familles d’accueil donc on incite vraiment les étudiants après la classe à participer à la vie de leur famille, par divers moyens, un petit journal de séjour, des défis à relever, pour que ce soit vraiment une immersion totale.

Jean Lamoureux : Oui, pour qu’ils continuent à être actifs même quand ils sont plus à l’école, pour revenir à l’école avec des questionnements, des choses qu’ils ont vues…

T’enseignes-tu (le FLE) ? : Oui, ce sont des compétences qu’ils développent aussi, et qu’ils continuent à utiliser par la suite.

Ismaël Combette : Tout à fait, voilà.

Jean Lamoureux : Exactement.

T’enseignes-tu (le FLE) ? : Très bien, merci beaucoup pour cet entretien.

Ismaël Combette : Merci.

Jean Lamoureux : Je t’en prie.

T’enseignes-tu (le FLE) ? : Merci de la part de toute l’équipe de T’enseignes-tu ?

Jean Lamoureux, Ismaël Combette : Merci beaucoup !

Photo_jumelles

 

Une des activités proposées durant l’atelier : « La photo jumelle »

Étape 1 : Constituez des groupes dans la classe. Les apprenants sortent de la classe. Ils doivent trouver un endroit dans l’établissement et s’entendre pour y réaliser une photo originale et mise en scène, au moyen de leur smartphone ou leur tablette (sans se faire voir des autres groupes qui réalisent en parallèle leur propre photo).

Étape 2 : Puis chaque groupe va rédiger une feuille de route pour qu’un autre groupe d’apprenants puisse réaliser la photo la plus fidèle possible à la première photo. Il va de soi que chaque groupe ne pourra pas regarder à l’avance la photo originale ! La feuille de route inclura les consignes pour trouver l’endroit où la première photo a été prise et les instructions précises pour que la photo d’origine puisse être imitée (personnes mises en scène, postures, angle de prise de vue, etc.)

Étape 3 : Chaque groupe remet à un autre sa feuille de route, et tous quittent de nouveau la classe pour faire une seconde photo en suivant les instructions de la feuille de route qui leur a été remise.

Étape 4 : Une fois que les photos sont prises, les groupes se rejoignent et comparent leurs photographies !