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La Caravane des 10 mots… Quèsaco ? Mais si, réfléchissez bien. Dans votre parcours de prof de FLE, vous l’avez sûrement croisée. Chaque année, à l’occasion de la Semaine de la langue française et de la francophonie, elle met à l’honneur 10 mots qui nous permettent de savourer la langue française sous toutes les latitudes.

Loin de se limiter à cette seule manifestation culturelle, la Caravane organise tout au long de l’année des interventions auprès des publics scolaires et des professionnels de l’éducation.

Le but ? Montrer les différentes facettes de notre langue et militer pour une « francophonie des peuples ».

Retour sur la genèse de ce projet et tour d’horizon des nouveautés à venir avec Thierry Auzer (TA), fondateur de la Caravane, et Emilie Georget (EG), directrice du projet.

Comment avez-vous décidé de créer la Caravane ?

TA : Ce projet est né d’une rencontre. En 2002, on m’avait proposé de participer à l’organisation de la Fête des 10 mots. Cette fête avait pour but de restituer l’ensemble des actions réalisées lors de la Semaine de la langue française et de la francophonie et d’attirer un public éloigné de l’offre culturelle. Or, lors de cette fête, je me suis rendu compte que je connaissais la majorité des personnes présentes dans la salle. Pour moi, il y avait donc un problème de contact avec le grand public.

Après réflexion, j’ai proposé à ceux qui avaient participé à cette manifestation de se réunir. Le but était de réfléchir ensemble pour trouver un moyen de montrer que chaque personne qui utilise le français à un rapport différent à cette langue.

Mon idée, c’était de demander aux gens ce qu’ils pensaient des mots, au-delà de leur définition dans le dictionnaire. Il s’agissait d’interroger les gens pour savoir comment chacun s’approprie la langue. C’est comme ça que la Caravane est née.

Avec Eric Guirado, un ami réalisateur, nous sommes partis dans la rue interviewer des gens, sans savoir ce qu’on allait trouver. On s’est retrouvé un jour au parc de la Tête d’Or à Lyon, pour essayer d’interviewer des personnes et ça ne marchait pas. Un gamin est passé devant moi et je suis allé vers lui. Je lui ai dit «  si je te dis ‘mille’, à quoi penses-tu ? ». Il m’a répondu «  Mille, c’est un chiffre qui a été beaucoup multiplié ».  Ce jour-là, j’ai compris que l’idée était vraiment intéressante, et que c’était infini.

Avec vos actions, vous dites vouloir passer d’une francophonie de la colonisation à  « une francophonie des peuples ». Comment s’opère ce passage ?

TA : A partir de 2005, le projet s’est internationalisé. Des Caravanes se sont montées en Pologne, au Sénégal, à Madagascar, en Suisse, en Roumanie… En 2006, les participants de 10 pays se sont réunis pour le premier Forum international des Caravanes des 10 mots.

Quand nous nous sommes retrouvés, il y a eu une vraie symbiose, du fait de partager la même langue.

Cependant, pour moi il y avait toujours une dichotomie entre la pensée de Senghor, qui m’a toujours passionné, et tous les arcanes de la francophonie.

Avec le Conseiller du ministre de la culture du Sénégal de l’époque, en poursuivant cette discussion, nous avons décidé d’établir un appel à la francophonie des peuples. Nous l’avons rédigé en 5 jours, et c’est un texte qui nous porte encore aujourd’hui.

La Francophonie n’a un avenir que si on prend conscience que sans les peuples qui la parlent, on ne peut rien faire. Si on se base uniquement sur la géopolitique et l’économie, ça ne marchera pas.

Or, l’OIF est devenue une grosse machine, et les enjeux politiques et institutionnels masquent aujourd’hui l’enjeu culturel de la francophonie et de la protection de la diversité culturelle.

EG : Nous ne sommes pas en opposition avec la politique de l’OIF. Au contraire, mais nos modes d’action s’appuient sur un réseau d’acteurs de la société civile, indépendants, très différents des représentants des États de l’OIF. Nous cherchons à mettre en valeur la diversité culturelle des francophones en utilisant ce que nous avons en commun : notre langue partagée.

A vous entendre, votre vision de la francophonie et celle de l’OIF sont donc constamment en dualité. Comment changer cela ?

TA : Ce n’est pas en détruisant l’OIF qu’on changera quelque chose. Il faut au contraire recoller les morceaux. Des structures comme la nôtre doivent apprendre à coexister avec de plus grandes institutions pour pouvoir changer leur regard.

EG : Il faut sortir de la logique de marché pour voir davantage ce que nous avons en commun.

TA : Nous ne sommes que l’un des instruments pour changer ce mode de pensée, mais on y croit fort. Nous devons faire de notre diversité une force pour ne pas rester sur des préjugés historiques.

Le projet de « Sensibilisation à la francophonie » dans les écoles, que vous portez depuis 2014 permet-il de changer ce regard ?

EG : On s’est rendu compte que la francophonie était très mal perçue en France. Il y avait une incompréhension totale des problématiques qu’elle englobe. C’est pour cela qu’on a eu envie de développer tout un panel d’activités de sensibilisation à la francophonie et à la diversité culturelle. Il s’agissait de montrer une autre vision de la francophonie : ouverte, multipolaire, et créative.

On a commencé à travailler avec des étudiants avant de travailler avec des petits et en  faisant les interventions, on s’est surtout rendu compte que les jeunes n’avaient pas d’imaginaire associé à la francophonie. Les 18-20 ans n’associent pas forcément la francophonie à la colonisation.

C’est donc aussi une chose dont on hérite dans l’histoire de la pensée, alors qu’en fait, les jeunes sont plutôt vierges à ce niveau-là et n’ont pas forcément ces complexes. Donc pourquoi leur transmettre cela alors que la francophonie peut être un espace porteur de modernité ?

Et par rapport aux actions que vous menez dans les écoles, quels sont les retours de la part des professeurs et des élèves ?

ecole caravane 10 motsEG : Les retours sont très positifs. Quand nous intervenons dans les écoles, nous parlons de trois thématiques : la langue, la géographie et l’histoire, ainsi que  le plurilinguisme et le patrimoine linguistique. Ce qu’on observe, qui n’est pas dû uniquement à notre intervention mais à l’ensemble des personnes de la classe, c’est une certaine « libération » des élèves. Beaucoup de profs nous disent que des élèves auparavant mutiques ou très effacés dans la classe s’étaient « révélés » pendant nos interventions. Ce sont souvent des élèves d’origine étrangère et qui prennent la parole parce qu’ils ont envie de parler d’eux, de leur famille.

Ce projet existe pour l’instant uniquement en région Rhône-Alpes. Vous pensez le développer dans d’autres régions ?

Pour l’instant, nous n’en avons pas les moyens. C’est pour cette raison que nous avons pensé à la création d’une plateforme numérique, Onésime, qui sera opérationnelle en juillet.

L’idée de cette plateforme est de s’adresser aux professeurs de l’Éducation nationale, aux professeurs de FLE en France et à l’étranger, mais aussi aux acteurs de l’éducation populaire.

Il y aura un espace d’outils pédagogiques, un espace d’échanges pour les professionnels de l’éducation, et un espace de formation continue des professeurs sur la question de la francophonie et de la diversité culturelle. Nous voulons vraiment créer une plateforme participative pour que les enseignants puissent réfléchir à ces questions et se les approprier.

Comment voyez-vous l’évolution de la Caravane dans les années à venir ?

TA : La complexité de l’avenir de la Caravane, pour moi, c’est de continuer à garder une force d’idée, de réflexion, d’innovation en sachant que plus ça ira, plus il y aura de sollicitations pour rentrer dans le moule. J’ai peur, d’un point de vue personnel, de rentrer dans l’institution.

Cependant, l’avenir dépend de nous. Il faut réussir à être plus populaire. Il faut rester en ébullition.

Envie d’en savoir plus ?

Voici quelques pistes pour aiguiser votre réflexion et pourquoi pas, faire émerger des idées !

  • Incontournable, le site internet de La Caravane des 10 mots.
  • Une illustration du projet La francophonie à l’école, qui vous rappellera sûrement des souvenirs de classe !

  • Et enfin, le numéro spécial du journal Le 1, paru à l’occasion de la Journée internationale du 20 mars, qui permet de mieux cerner les enjeux de la francophonie d’hier et de demain.