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Le contexte

Un petit groupe d’adolescents dans un lycée de Budapest.  Ils ont choisi ce cours pour pratiquer le français. Leur envie : parler. Leur but : passer l’épreuve de français au Bac hongrois. Un prof de FLE dans un lycée de Budapest. Sa consigne : « Fais-les parler ! ». Son idée : écrire un livre. Sa mission : trouver un compromis.

La naissance d’un projet

Tout a commencé à la lecture d’un roman : Peste, de Chuck Palahniuk, en 2009. L’histoire du protagoniste y est narrée à travers les témoignages de tous ceux qui l’ont croisé, fréquenté. Le roman se présente comme un concert de monologues, totalement oral. L’idée : la biographie orale est exploitable en cours de FLE. Reste à trouver avec qui…

Et puis il y a eu ces 90 minutes, et ces 8 élèves motivés, oscillant entre le B1 et le B2, et la liste des thèmes de l’oral du bac : famille, description physique, scolarité, monde du travail, voyages, société de consommation, alimentation, écologie, santé et maladie etc. Un catalogue de figures imposées sur lesquelles faire parler nos chères têtes blondes. En observant les thèmes et sous-thèmes, j’ai vu une chronologie possible : on pouvait suivre le destin d’un personnage à travers sa naissance, sa famille, ses premiers pas à l’école, puis au lycée, puis son entrée dans la vie active, ses voyages, jusqu’à sa mort. Nous avions 9 grands thèmes, 9 mois d’une année scolaire, donc 9 chapitres dans la biographie d’un personnage à créer de toutes pièces.

Le déroulement

points de vue Dès le premier cours avec les apprenants, le projet a été expliqué : « On va travailler le lexique des thèmes du Bac en écrivant un livre. Vous parlez, j’écris tout ce que vous dites, si vous bossez bien, votre création deviendra un support pédagogique pour d’autres profs de français, vous êtes partants ? ». Ouverture d’esprit, implication, et curiosité : conditions sine qua non à un tel projet. Sans leur aval, idée enterrée.

Petit à petit, chaque élève a lentement appris à prendre la parole en tant que, à jouer un personnage le temps d’une intervention, à réagir à ce qui vient d’être dit, à faire progresser une trame en train de naître. Au fil des heures, pour nourrir le récit et enrichir les productions, on a commencé à apporter des documents déclencheurs. Tantôt pour une activité de pillage de lexique, tantôt pour donner des idées sur comment décrire une scène, tantôt pour comprendre comment décrire le caractère d’un personnage à travers ce qu’il fait.

Les enjeux

Au fur et à mesure que le roman avançait, le projet de publication se concrétisait : fonds demandés à des institutions partenaires, dossiers de soutien rédigés, nombre d’exemplaires calculé… Il s’est avéré important de confirmer régulièrement aux apprenants qu’il y aurait un lectorat, et que leur texte serait lu et étudié par d’autres apprenants. C’est parfois l’alibi qui a servi à remédier à la paresse intellectuelle et à aller chercher tel mot spécifique ou corriger telle tournure pas très élégante.

Malgré cela, le parti pris était de garder aux discours leurs couleurs, leurs accents. Si le prof a veillé à retranscrire les productions orales dans un françaisdiscussion correct sur son ordinateur, il n’a en aucun cas amélioré ce qui a été prononcé. Le pacte était « Je n’écris que ce que j’entends » et lorsqu’il corrigeait des conjugaisons ou aidait à mieux formuler, l’élève devait répéter, s’approprier la correction et la dicter au prof pour respecter le pacte auteur-scribe.

Régulièrement aussi, il fallait négocier sur l’histoire à raconter. 8 élèves, c’est 8 imaginations au travail, et d’innombrables débats pour se mettre d’accord : « Je ne veux pas que le héros parte à l’étranger », « Moi je veux qu’il soit homosexuel », « Non, il doit avoir des enfants ! », « Sa femme va mourir », « Non ! », une émulation souvent brouillonne, menée en langue de l’apprenant, difficile à contrôler, mais qui a au final toujours porté ses fruits. Au bilan avec les apprenants, ce qui a été le plus difficile, c’était « se mettre d’accord avec les autres ». D’où à l’avenir, peut-être, la nécessité de fixer dès le départ l’ensemble de la trame, de manière un peu plus détaillée que « une success story en Hongrie ».

Et après ?

Publication de 300 exemplaires, distribués à des profs de français dans le pays. Et déjà des retours très positifs, simples lecteurs étrangers au monde du FLE, ou formateurs en langue. Grâce à une page facebook en forme de livre d’or, les élèves impliqués peuvent y établir un lien avec leurs lecteurs et vice versa.