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Nous, profs de FLE, qui manions la langue française dans notre travail quotidien avec nos chers apprenants, nous avons chacun nos petits chouchous. Non, je ne parle pas de nos chouchous-apprenants (ceux qui n’arrivent jamais en retard, qui rendent leur production écrite toujours en temps voulu, etc.) mais des mots de la langue française que nous affectionnons particulièrement.

A l’occasion de la journée internationale de la francophonie, les profs en parlent sur T’enseignes-tu ? et partagent leur mot préféré du moment et les raisons de ce coup de coeur.

Anneline aime « à brûle-pourpoint »

Cette expression quelque peu désuète signifie qu’une action se produit de manière abrupte, sans préparation. De but en blanc, donc. Exemple : quand on m’a demandé quel était mon mot préféré, j’ai répondu “à brûle-pourpoint”  à brûle-pourpoint, sans y réfléchir.

C’est grâce à cette mise en commun que je viens d’en comprendre l’origine : le pourpoint était, au XIIIe siècle, une veste matelassée militaire permettant d’accrocher une armure. Cette expression signifiait donc, lorsque les armes à feu ont fait leur apparition, tirer de si près que cela brûlait le pourpoint. Donc de si près que la victime n’avait pas le temps de se préparer, de se défendre.

  • Pourquoi j’aime ce mot ?

Pour sa sonorité et son côté désuet. Faites donc répéter cette expression à des étudiants dont la langue maternelle ne comporte ni le “B”, ni le “L”, ni le “U”, ni le “R” et peu de différences entre le “P” et le “B”, et vous aurez matière à vous amuser ensemble ! Par ailleurs, sans aucun lien et en sautant du coq à l’âne, j’aime utiliser cette expression désuète, oubliée, alors qu’elle est de plus en plus d’actualité dans un monde qui va vite, si vite qu’il est souvent difficile de prendre du temps avant de réagir à quoi que ce soit.

  • Pour en savoir plus :

Le projet Voltaire est une mine d’or concernant les expressions et mots francophones. Il en fait à nouveau la preuve pour cette expression !

Céline B. aime « rabougri »

Du verbe « se rabougrir » daté de 1564, venant de « bougre » (Bulgare), l’adjectif « rabougri » signifie chétif, malingre pour une plante ; ratatiné pour une personne.

  • Pourquoi j’adore ce mot ?

rabougri

Le rabougri, c’est lui. Amnésix, le druide qu’Astérix et Obélix sont partis chercher à la rescousse pour aider leur druide Panoramix à recouvrer ses esprits après qu’il a reçu un coup de menhir sur la tête lancé par… devinez qui. C’est alors que pour la première fois, notre célèbre “magicien” gaulois, habituellement si sérieux, devient complètement déjanté, annonçant le drame qui se prépare au sein du village où Abracourcix, grand marathonien à ses heures, s’entraîne pour affronter le chef gaulois (venduuu ! aux Romains) Aplusbégalix dans Le combat des chefs, 7e opus de la série créée par Goscinny et Uderzo. A sa sortie en 1966, ce dernier dira : « Le Combat des chefs relatait surtout la collaboration avec les Allemands entre 1939 et 1945. Là, on avait affaire à des Gaulois qui collaboraient avec l’envahisseur, donc c’était plutôt une transposition historique. Certains commentateurs ont vu une intention politique mais, en réalité, nous voulions surtout nous marrer ! »

Voici donc un mot qui me rappelle bien des rires de lecture et en particulier ce moment : alors qu’Amnésix s’était – gentiment – moqué de la silhouette (“enrobée” dira l’intéréssé) d’Obélix, celui-ci, écrit Nicolas Rouvière dans Le complexe d’Obélix, “se libère” en réponse à Panoramix explosant de rire (“Mais qui est ce petit rabougri ?”) : “Hoho ! Hihi ! C’est vrai qu’il est rabougri ! Hou, qu’il est rabougri !”.

Ainsi ce mot m’évoquera pour toujours non seulement les joyeuses péripéties d’Astérix mais également nombre de personnages, souvent animaux humanisés, de la littérature jeunesse. Un mot de doux souvenirs d’enfance et de lecture qui semble mêler un rat à un bougre (“bougre d’âne” ?) ou tout ce qu’on veut imaginer.

  • Des ressources pour en savoir plus sur ce mot :

Définition du mot « rabougri »

Astérix : Le combat des chefs

Nicolas Rouvière, Le complexe d’Obélix, PUF, 2014.

Gildas aime « bitoniau »

Ce petit mot plutôt familier, désigne un petit objet pas très bien identifié, en particulier, une petite partie d’un dispositif mécanique (bouton, vis, petite boule, etc.). Je trouve son synonyme lui aussi, assez charmant puisqu’il s’agit de « bidule ».

  • Pourquoi j’adore ce mot ?

Un mot qui a, selon moi, la sonorité de sa signification, c’est à dire mignonne et légère. De façon générale, j’aime bien les mots “fourre-tout” comme « truc » ou « bidule ». On est libre d’y mettre un peu ce qu’on veut et on compte davantage sur la complicité de la communication que sur la charge représentative du mot. Et puis, cerise sur le gâteau : son orthographe est elle aussi un peu déjantée.

Pauline LG aime « kiffer »

Un de mes mots préférés du moment, c’est le mot “kiffer”, et toutes ses déclinaisons : le nom “un kif” et l’adjectif “kiffant”. “Kiffer”, ça veut dire aimer, apprécier, bref, ce verbe renvoie à la notion de plaisir. On peut donc kiffer une personne, une activité, un aliment, etc.

Ce mot vient de l’arabe marocain et d’après mes petites recherches, il désigne à la base la partie du chanvre utilisée pour faire le haschich, puis par la suite, c’est la notion de plaisir qui est restée.

  • Pourquoi j’adore ce mot ?

J’aime bien ce mot parce qu’il est court, la sonorité est rigolote et ce que je kiffe encore plus, c’est son utilisation dans l’expression “Je kiffe grave !” (“grave” ayant ici le sens de “beaucoup”). Son usage me plaît aussi parce que le verbe “kiffer” s’utilise rarement avec la négation ; on entendra rarement “je ne kiffe pas ceci ou cela”, bref, pour moi, c’est un petit mot bien sympa, que je prends du plaisir à utiliser.

  • Des ressources pour en savoir plus sur ce mot :

Pour tous ceux qui “kiffent” la langue de la rue (qui finit toujours par rentrer dans nos chers dicos), je conseille la courte émission “Qu’est c’que tu m’jactes ?” tous les dimanches sur France Inter et disponible en podcast. Voici justement l’émission sur le verbe “kiffer”, avec des extraits audio de chansons de rap (du groupe NTM) ou slam (de Grand Corps Malade) pour écouter son utilisation en contexte.

Sébastien aime « M’enfin »

J’adore le mot “M’enfin” parce qu’il est lié à l’un de mes personnages de fiction préféré : Gaston Lagaffe. Ce mot est la contraction des mots « mais » et « enfin ». Cette locution n’a pas de sens propre, elle devient signifiante en fonction de la situation dans laquelle elle est utilisée mais aussi en fonction du ton.

  • Pourquoi j’adore ce mot ?

Gaston Lagaffe est sans doute mon personnage de BD préféré et j’ai toujours adoré le style de Franquin (son dessinateur). Gaston, dit “le héros sans-emploi”, est le anti-héros parfait à la fois génial mais qui échoue dans tout ce qu’il fait et pourtant il ne se décourage jamais. Paresseux au travail et hyperenthousiaste quand il a une idée. L’expression « M’enfin » va bien au personnage parce qu’elle se prête bien à toutes les oppositions qui composent Gaston. Ainsi quand ses collègues le forcent à travailler, il utilisera son « M’enfin » pour protester, quand une de ces inventions ne marche pas, le « M’enfin » illustrera sa déception ou sa surprise, etc.

  • Des ressources pour en savoir plus sur ce mot

Pas vraiment de ressource pour le mot mais je vous conseille d’aller voir le site officiel de Gaston Lagaffe sur lequel vous en apprendrez plus sur le personnage et son créateur. vous pouvez aussi découvrir la rubrique insolite dans laquelle vous pourrez retrouver entre autres les recettes de Gaston avec les crêpes montgolfière ou la morue aux fraises.

Céline M. aime « chafouin »

charlie chaplinLe mot que j’aime parce qu’il est tellement transparent quand tu le prononces est “chafouin”, “être d’humeur chafouine” … (vous le sentez le “ch” tout fripé qui vous indique cette mauvaise humeur, ce truc qui dérange).

  • Pourquoi j’adore ce mot ?

J’adore ce mot pour deux raisons principales. Tout d’abord parce que son petit côté désuet ajouté à sa sonorité en font un mot agréable à prononcer prêt à signifier à la personne à qui vous le dites toute votre empathie. (Dire à quelqu’un que vous le trouvez chafouin est beaucoup plus doux que de lui dire qu’il semble de très mauvais poil). Deuxièmement, parce que ce mot avec ce sens là s’est imposé dans la langue orale sans que l’on sache vraiment comment. Son premier sens qui date du XVIe siècle est : sournois, rusé, retors, déloyal. Rien à voir en effet ! Ce qui m’amuse beaucoup, c’est cette transgression, ce sentiment que la sonorité l’a remporté sur le sens et qu’en fait ce sont bien les locuteurs qui s’amusent avec leur langue et lui font dire ce qu’ils veulent.

Alors oui, même si certains vous diront qu’il est bien mal utilisé, pour ma part j’adore ce mot “chafouin”.

  • Des ressources pour en savoir plus sur ce mot :

Ce bel article du journal Le Monde qui vous racontera bien mieux que moi l’histoire de ce mot.

Diane aime « fada »

Un “fada”, dans la langue de Marseille, c’est quelqu’un d’un peu fou, un peu naïf aussi.

Ce mot vient de l’occitan “fadà” et signifie “fou, niais”. Il est dérivé du mot latin “fata”, qui veut dire “fée” et qui désigne à l’origine la déesse de la destinée.

Un fada donc, si l’on synthétise (j’ai découvert en écrivant cet article que le féminin “fadade” existait, mais là, j’aime moins 🙂 ), c’est donc une personne touchée par une douce folie, qui aurait été ensorcelée par des fées. Pas mal, non ?

A noter que si vous êtes “un  fada de l’OM”, vous n’êtes pas un footballer fou mais bien un fan de ce fameux club.

  • Pourquoi j’adore ce mot ?

Parce que c’est tellement chouette quand c’est dit avec l’accent ! C’est une petite insulte mignonne, souvent lâchée sur le ton de la plaisanterie mais qui est aussi bien pratique quand un chauffard vous coupe la route.

Et puis parce que ça rappelle toutes les histoires de Pagnol, quand ce fada de Panisse veut épouser Fanny par exemple, et que du coup, ce mot a un petit air de vacances.

  • Des ressources pour en savoir plus sur ce mot :

Si vous voulez découvrir plus de mots occitans, il existe beaucoup de dictionnaires en ligne, dont “PanOccitan”.

Et pour savourer la mélodie de ce mot en contexte, rien de tel que la chanson de Massilia Sound System : Comando fada !

Enfin, si vous passez par Bandol, vous pourrez voir le Mur du fada, que Raimu a fait construire.

Sara aime « dépaysement »

Le mot « dépaysement » restera toujours celui que je préfère. Ce mot peut servir à désigner à la fois le changement de pays, de lieu, des habitudes et le sentiment éprouvé lors d’un bouleversement, volontaire ou pas, d’un certain mode de vie. Alors, ce terme peut avoir une connotation négative ou positive, selon les contextes.

  • Pourquoi j’adore ce mot ?

D’abord, le choix de ce mot témoigne d’une prédilection avouée pour ces expressions qui résistent à la traduction et nous invitent ainsi à réfléchir à l’articulation entre langue et culture, mais c’est surtout cette idée de déracinement et de bouleversement des habitudes qui m’emporte. Bien entendu, je ne revendique pas ce mot au sens de tourisme exotique. Je ne suis pas la première à le dire, mais il me semble que sortir de sa zone de confort peut contribuer, entre autres, à affiner nos perceptions et jugements. Le dépaysement nous oblige à constater l’existence de l’autre et peut ainsi nous apprendre à sortir de nous-mêmes, à regarder autour de nous plus attentivement, à faire l’expérience de l’empathie.  Et cette question de l’empathie me paraît d’autant plus importante que je considère cette capacité de se mettre à la place de l’autre et de savoir reconnaître qu’il peut avoir des expériences différentes des siennes comme étant l’une des compétences fondamentales de l’enseignant de langues étrangères. Finalement, l’idée est de faire de ce sentiment de désarroi causé par le dépaysement une force positive qui nous permettrait de nous ouvrir à l’autre et de respecter son altérité.

  • Des ressources pour en savoir plus sur ce mot :

Sur son site Amélie Charcosset partage son expérience avec le projet d’atelier d’écriture en classe de FLE, L’Abécédaire du dépaysement.

Pour savoir plus sur les mots intraduisibles (ou presque), je vous invite à lire l’article «Ces mots qui résistent à la traduction» sur France Culture Plus.

Gabrielle aime « d’ailleurs »

Je crois que j’utilise souvent les locutions « d’ailleurs » et « par ailleurs », non qu’elles me soient systématiquement indispensables dans la conversation, mais presque parfois comme un tic de langage ! Et je ne suis pas la seule… Je ne compte plus les apprenants qui ont repéré « d’ailleurs » au détour d’une conversation et qui se sont creusé la cervelle pour comprendre pourquoi on utilise cette expression ! Des deux, c’est d’ailleurs « d’ailleurs » que je préfère !

  • Pourquoi j’adore ce mot ?

Sans doute parce que cet élément de langage permet de lier des idées entre elles, de relancer une conversation, ou encore de donner plus d’impact à des propos en apportant un dernier argument que l’autre ne peut contester. Et puis, « d’ailleurs » vient à l’origine du mot « ailleurs » (du bas latin « in aliore loco », dans un autre lieu), qui évoque le lointain, les voyages, les découvertes… Utiliser « d’ailleurs », c’est parfois aller chercher loin une idée ou voyager dans ses pensées pour y retrouver une idée. Du coup, quand je l’explique aux apprenants, j’ai recours à une périphrase : « d’ailleurs = puisqu’on parle de ça, ça me fait penser à cette autre idée / argument », qui, si elle n’en explique pas tous les usages, permet de comprendre à quoi sert le plus souvent « d’ailleurs »…

  • Des ressources pour en savoir plus sur ce mot :

Comme Bernard Cerquiglini, le génial professeur de TV5monde pense toujours à tout, je suis allée vérifier s’il n’avait pas fait une vidéo de Merci professeur là-dessus… Eh bien, si, ici ! Il est formidable, ce professeur. D’ailleurs, je vous recommande toutes ses vidéos !

 

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