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Introduction

coursIntervenir en France avec des publics migrants demande une prise en compte du contexte dans son ensemble et des besoins particuliers de ces apprenants. Si les conditions de travail en France ne sont parfois pas simples pour l’enseignant (de nombreuses heures de cours, des salles parfois peu adaptées et j’en passe…), intervenir auprès des publics migrants reste une des expériences qui m’a le plus enrichie.

Pourquoi ? Tout d’abord parce qu’il s’agit d’un public dont les besoins langagiers sont immédiats et nécessaires à leur intégration dans le pays d’accueil ; ensuite, car ces expériences m’ont amenée à rencontrer des gens avec des parcours très divers et j’ai pu de cette manière m’enrichir de ces parcours de vie qu’ils ont bien voulu partager avec moi. Enfin, lors de ces interventions  c’est souvent un vrai lien social qui se tisse à travers les cours de langue pour ce public nouvellement arrivé.

Le premier mot qui me vient à l’esprit pour décrire l’enseignement-apprentissage des publics migrants est hétérogénéité. Je vous propose donc dans cet article d’expliciter cette notion. Je n’aborderai pas ici la didactique du FLI, mais m’interrogerai uniquement sur la diversité de ce public, car avant même de trouver des réponses aux besoins de formation, il me semble qu’il faut avoir une bonne connaissance de son public.

Hétérogénéité de situations administratives

Intervenir dans ce contexte permet de rencontrer des personnes venant en France avec des statuts divers qui intègrent donc des dispositifs de formation différents. Avoir connaissance  de ces différents aspects est important, car le contexte peut bien sûr influer sur les objectifs et les motivations de vos apprenants. Je vous propose donc ici quelques repères et ressources à consulter.

  • OFII : Office français d’intégration et d’immigration

L’OFII est aujourd’hui l’organisme unique de l’État qui gère l’immigration légale en France. Les personnes qui arrivent sur le territoire français auront toutes affaire à cet organisme (d’où l’intérêt de le connaître, car il fait partie du quotidien des apprenants rencontrés en formation). C’est notamment l’OFII qui gère le positionnement et l’orientation vers les dispositifs de formation linguistique.

Pour plus d’informations, vous pouvez consulter le site www.ofii.fr

  • CAI :  Contrat d’accueil et d’intégration

Depuis 2007, les primo-arrivants obtenant un titre de séjour s’engagent dans ce parcours qui comprend des journées de formation civique, un module obligatoire de 6h appelé « Vivre et accéder à l’emploi en France » et éventuellement un parcours de formation linguistique. L’État de son côté assure le financement de ces formations. Les primo-arrivants concernés par ce contrat ne sont pas ressortissants de l’Union européenne et doivent avoir plus de 16 ans. C’est leur niveau de français qui conditionnera l’accès ou non à la formation linguistique.

Beaucoup de changements ont eu lieu quant au nombre d’heures de formation linguistique ces dernières années (en tirant vers le bas, vous vous en doutez). Autre exemple, la passation du  DILF (Diplôme Initial de Langue Française), qui a pour vocation une valorisation de l’apprentissage pour les niveaux A1.1, n’est plus financée en 2016. Cependant, je ne m’avance pas plus sur le sujet, car les choses pourraient de nouveau changer prochainement.

Même si ces aspects sont très liés à une démarche politique d’accueil des migrants, je pense que les formateurs ont le besoin de s’informer sur ce contexte général, car il conditionne complètement les dispositifs de formation (je ne travaillerai pas de la même façon avec un public que je verrai 50 heures en formation qu’avec un public qui aura 120 heures de formation linguistique).

Hétérogénéité de langues et de culture

Comme tous les publics en France, la richesse de ces groupes repose sur le multiculturalisme. mais pour l’enseignant cela signifie aussi la nécessité de prendre en compte (après avoir compris) les facilités ou les difficultés de chacun suivant sa langue maternelle, mais aussi en fonction des représentations de l’apprentissage suivant les cultures.

Il m’est par exemple arrivé de rencontrer des difficultés avec certains apprenants masculins qui n’acceptaient pas d’être en formation avec une femme. Si ces cas restent rares,  l’enseignant doit être à même de comprendre certaines difficultés culturelles qui s’invitent naturellement en classe.

Hétérogénéité de profils

hétérogénéitéLes groupes sont fréquemment  très hétérogènes sur cet aspect  et un enseignant est souvent amené à travailler avec des personnes de profils très différents tant dans leur lien avec la langue cible qu’en termes de niveaux. Ce n’est pas pour vous faciliter la tâche, mais vous trouverez des personnes relevant à la fois de l’alphabétisation ou de la post-alphabétisation, du FLE, du FLS voire de l’illettrisme. Je vous propose quelques définitions qui s’attachent aux profils des apprenants et non pas au statut de la langue française.

PUBLIC FLM (FRANÇAIS LANGUE MATERNELLE)

Public qui a vécu en France (ou un pays dont la langue est le français) et qui a été scolarisé en français. Parmi ce public, on peut rencontrer des personnes qui relèvent de l’illettrisme.

PUBLIC FLI (FRANÇAIS LANGUE D’INTÉGRATION)

Il s’agit d’un public migrant installé durablement en France et qui doit apprendre le français pour vivre au quotidien en France, travailler et éduquer ses enfants. Ce public a aussi pour objectif la compréhension de la société française. ll peut s’agir d’un public très hétérogène avec de faibles niveaux de scolarisation.

PUBLIC FLE (FRANÇAIS LANGUE ÉTRANGÈRE)

Il s’agit d’un public scolarisé qui apprend la langue (en France ou dans son pays) avec des objectifs divers : voyage, travail, installation courte dans un pays, examens. Il apprend le français comme une langue étrangère et n’a, au départ, aucun lien spécifique avec cette langue (différent du public FLS).

PUBLIC FLS (FRANÇAIS LANGUE SECONDE)

Se dit des personnes qui viennent d’un pays où le français joue un rôle (administratif, scolaire) tout en côtoyant d’autres langues. FLS est aussi utilisé pour le public allophone arrivé en France et scolarisé (on parle de FLsco également).

PUBLIC ILLETTRISME

« On parle d’illettrisme pour des personnes qui, après avoir été scolarisées en France, n’ont pas acquis une maîtrise suffisante de la lecture, de l’écriture, du calcul, des compétences de base, pour être autonomes dans les situations simples de la vie courante. Il s’agit pour elles de réapprendre, de renouer avec la culture de l’écrit, avec les formations de base, dans le cadre de la politique de lutte contre l’illettrisme. »

Source : http : //www.anlci.gouv.fr/Illettrisme/De-quoi-parle-t-on/Les-definitions

PUBLIC ALPHA (ALPHABÉTISATION)

La situation d’alphabétisation se réfère à des personnes qui n’ont pas de maîtrise du code écrit que ce soit dans leur langue maternelle (qu’ils maîtrisent parfaitement à l’oral), ou en français. Ce public doit être accompagné spécifiquement.

Hétérogénéité d’objectifs

Si toutes les personnes en formation que vous rencontrez sont amenées à apprendre la langue pour vivre en France (ce qui relève du FLI et donc, d’une démarche spécifique) les objectifs personnels peuvent diverger fortement et il faudra bien le prendre en compte dans vos séquences. Certains ont des objectifs professionnels tandis que d’autres cherchent à comprendre et à interagir au quotidien. La progression que vous proposerez constituera sans doute une réponse en elle-même à cette diversité.

L’intérêt pour l’enseignant de prendre en compte ces besoins et ces objectifs est de construire des séquences qui s’appuieront sur le vécu même de ses apprenants, permettant de valoriser des savoir-faire et de les motiver en répondant à des besoins réels. Par exemple, il est peut-être plus important de travailler sur le lien avec l’administration française que de travailler sur le voyage et la location d’une chambre d’hôtel. Au final, on est souvent « bluffé » par les connaissances de nos apprenants qui ont déjà mis en place des stratégies de compréhension et d’échanges très efficaces.

Enseigner auprès d’un public migrant est donc un vrai défi au vu de la diversité évoquée dans ces quelques lignes. C’est aussi une richesse incroyable dans le quotidien de l’enseignant qui a la chance d’intervenir dans un contexte francophone qui l’autorise à lier les parcours d’apprentissage au contexte extérieur. Il a la possibilité d’utiliser chaque demande comme un support de cours et peut s’appuyer sur les connaissances et les savoir-faire de ses apprenants, mais aussi vivre dans une multiculturalité qu’il n’abandonnerait pour rien au monde !