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On fait souvent un usage assez aléatoire des accents écrits en français… Or, ceux-ci ont pleine valeur orthographique (je cite ici l’Académie française), y compris sur les lettres majuscules, et permettent de guider la prononciation de nombreux mots. Il est vrai que l’imprimerie et les machines à écrire n’ont pas rendu leur emploi évident au fil des années, ce qui peut expliquer le désintérêt qu’on leur porte encore à l’heure actuelle.

Nous survolerons dans cet article l’origine des accents graphiques en français, évoquerons l’évolution des accents sur les majuscules, verrons l’utilité qu’ils peuvent avoir dans la vie quotidienne comme dans l’enseignement du FLE, et surtout, apprendrons à nous dépatouiller avec nos claviers pour accentuer ces satanées lettres françaises !

L’origine des accents graphiques en français

La langue française orale est issue de nombreux métissages linguistiques, au sein desquels le bas-latin, puis les langues germaniques, occupent une place non négligeable.

Au fil des siècles, le français s’est construit oralement à partir de ces mélanges. Alors, comment communiquait-on à l’écrit ? Jusqu’au 16e siècle, la langue des écrits officiels restait le latin. À l’écrit, la langue latine était très codifiée et comportait quelques accents qui signalaient des syllabes accentuées ou des longueurs de voyelles (ces accents étant inspirés des usages en grec ancien). Mais dans les écrits en ancien français, l’orthographe était très fluctuante, tantôt proche de la prononciation, tantôt rappelant l’étymologie latine, et dépendait de l’inspiration des moines-copistes, puisque les règles de codification de l’orthographe n’existaient pas vraiment.

Les traductions médiévales du latin en ancien français se multipliant, l’alphabet latin s’est avéré insuffisant pour transcrire certains traits de l’oral. C’est au 16e siècle que des éditeurs-imprimeurs français, inspirés des Italiens, développent les accents et les signes diacritiques (accents graves et aigus, cédilles et apostrophes), ainsi que les espaces entre les mots, afin de faciliter la lecture.

Mais l’orthographe n’est pas encore fixée au début du 16e siècle. Des tentatives de codification de la langue suivront à partir de la Renaissance, période pendant laquelle le français a été reconnu comme langue écrite (ordonnance de Villers-Cotterêts, 1539). L’Académie française a été créée au siècle suivant (1635) et a commencé à codifier l’orthographe dans la première édition de son dictionnaire (1694), d’abord surtout en référence à l’étymologie latine, pour retrouver en quelque sorte la « pureté de la langue des origines », sans trop tenir compte des prononciations, ce qui n’a pas fait l’unanimité.

L’orthographe du français s’est alors mis à évoluer et à fluctuer, pour longtemps, surtout en ce qui concernait les accents. Les érudits ont parfois cherché à faire de l’orthographe un reflet de la langue orale, d’autres fois à en faire le reflet des origines antiques de la langue. Les accents ont en cela joué un rôle important, permettant d’aller dans un sens ou dans un autre.

Une innovation marquante a été l’introduction de l’accent circonflexe, déjà suggéré au 16e siècle, mais développé au 17e siècle par des éditeurs des Pays-Bas, les Elzévirs. En vue de faciliter la lisibilité des textes français (y compris auprès des étrangers), ils remplacent les « s » suivant des voyelles (« s » qui n’étaient déjà plus prononcés) par un accent circonflexe sur le « e », comme dans « fenestre » > « fenêtre », « estre » > « être »…

Les débats continuent toujours. En 1990, une réforme a été proposée par des linguistes (Nina Catach, Bernard Cerquiglini…), elle a été approuvée par l’Acadéils remplacent les « s » suivant des voyelles (qui n’étaient déjà plus prononcés) par un accent circonflexeie française ainsi que par les instances des autres pays francophones. Elle n’est pas contraignante, consiste en des recommandations visant à simplifier et à rendre plus logique l’orthographe (« boîte » > « boite », « je céderai » > « je cèderai »), et vous vous souviendrez sans doute qu’elle a suscité de nombreux débats début 2016 à l’occasion de sa généralisation dans les livres scolaires ! Je vous renvoie à ce lien, http://focus.tv5monde.com/nenufar/ si vous souhaitez vous rafraichir (sans accent circonflexe selon cette proposition de réforme !) la mémoire.

Toutes ces explications sont assez simplifiées, j’en conviens, et ne reflètent pas toute la complexité des débats et des désaccords à ce sujet. Pour découvrir une étude exhaustive sur le sujet, je vous recommande la lecture de La lente naissance des accents orthographiques en français, dont l’auteur est italien, qui fait par ailleurs le lien avec l’histoire de l’enseignement du français aux étrangers.

L’évolution des accents graphiques sur les majuscules

Alors pourquoi les accents ont-ils été omis sur les lettres majuscules ou capitales, jusqu’à faire croire à beaucoup qu’ils étaient erronés ?

La typographie française a longtemps utilisé les capitales accentuées et la cédille, y compris dans le dictionnaire de l’Académie française, dès sa première édition ! Mais elles ont disparu peu à peu avec l’apparition des machines à imprimer. Les raisons sont majoritairement techniques et pratiques. Dans les machines à imprimer, placer un accent sur les caractères en plomb utilisés par les imprimeurs rendait ces caractères fragiles, cassables, et ils étaient plus chers à fabriquer. Fondre des caractères comprenant des accents impliquait des lettres de hauteurs différentes, ce qui représentait une difficulté technique. De plus, beaucoup de matériel était de fabrication anglo-saxonne, qui ne prévoyaient pas d’accents, ce qui est resté vrai même à l’époque des machines à écrire ayant précédé nos ordinateurs.

L’utilité des accents et majuscules de nos jours

Si l’on a toujours le souci de mettre les accents aux lettres minuscules (sauf orthographe défaillante), ceux sur les majuscules sont encore aujourd’hui souvent omis, par facilité, mais aussi parce que c’est un usage répandu. Or, comme on l’a vu, cela n’a aucune justification logique, et même l’Académie française recommande leur usage systématique.

Pour des francophones natifs, l’omission des accents sur les majuscules ne pose généralement pas d’énormes problèmes, chacun pouvant rétablir mentalement les accents manquants et lire correctement ce qui est inscrit. Encore que… l’inscription « FERME » sur une porte signifiera-t-elle « Ferme (la porte) » ou « Fermé » pour dire que le lieu n’est pas ouvert ? Le contexte aidera mais l’esprit de qui lira l’inscription aura besoin d’un temps d’adaptation pour décoder le message.

Et parfois, impossible de trancher. Si vous lisez un titre de presse sur le « PROBLEME DES RETRAITES », parle-t-on du « problème des retraites » (du versement des pensions de retraite) ou bien du « problème des retraités » (des personnes retraitées elles-mêmes) ? Jérôme Verne, un auteur, cite sur son blog un exemple qui amuse toujours les typographes taquins : si vous lisez « UN INTERNE TUE », que devez-vous comprendre ?

  • « Un interne tue » : un étudiant en médecine commet un meurtre
  • « Un interné tue » : un patient d’un hôpital psychiatrique commet un meurtre
  • « Un interne tué » : un étudiant en médecine est retrouvé mort
  • « Un interné tué » : un patient d’un hôpital psychiatrique est retrouvé mort.

Ce cas un peu exagéré, mais savoureux, vous permettra peut-être de convaincre des collègues dubitatifs ! ☺

À plus forte raison, évidemment, pour des apprenants, cela pourra être très déstabilisant et risquera d’entraîner de vrais problèmes de compréhension. D’où l’importance, me semble-t-il, que les enseignants de FLE veillent à toujours accentuer les lettres majuscules.

Comment accentuer sur les ordinateurs (code ASCII) ?…

accents

Avec les smartphones et les tablettes, nous avons la possibilité de mettre très facilement les accents sur les lettres, alors pourquoi ne pas en profiter ? Ça permet aux apprenants de nous décoder bien plus facilement !

En ce qui concerne les claviers d’ordinateurs, avec la touche « ALT » et le pavé numérique, vous pouvez facilement composer les lettres accentuées. Voici un petit mémo avec les lettres essentielles. Vous pouvez le découper et l’afficher près de votre écran d’ordinateur.

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Alors… À vos claviers ! ☺


Sitographie / bibliographie :

Cet article a été écrit sur la base de diverses lectures. Pour ceux qui ont envie d’aller plus loin, voici quelques références que vous pourrez trouver en ligne.