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École bilingue, comment ça marche ?

ecoles bilinguesLes écoles bilingues françaises à l’étranger, pour la plupart des écoles privées, suivent deux programmes scolaires : le programme français issu du Bulletin Officiel (BO) de juin 2008 (qui est celui de toutes les écoles françaises en France) et le programme officiel du pays, dans la langue du pays. Et là tout est dit ! Ces écoles bilingues sont « homologuées » par le Ministère de l’éducation nationale en France via l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) (ainsi que par le système éducatif local). Deux programmes par an, enseignés dans deux langues par deux enseignants certifiés par leur pays pour une classe d’élèves qui ont en commun… leur âge !

Un seul objectif : le bilinguisme de chaque élève ; ce qui comprend un nuancier allant du minimum acceptable qui serait que l’élève soit capable de travailler en classe dans les deux langues à l’excellent bilinguisme total qui permet à l’élève de vivre dans l’une ou l’autre langue indifféremment et quelle que soit l’activité.

Là où j’enseigne, nous conseillons aux parents d’inscrire leur enfant non francophone dès la petite section pour atteindre, en général, un bilinguisme de travail dès la grande section. L’enseignement en français est prédominant pendant les années de maternelle (70%), puis 50% à partir du CE1. Un soutien linguistique pour les enfants non francophones est mis en place pour renforcer les apprentissages vus en classe et une matinée par semaine, les élèves sont répartis en groupes de niveaux de langue pour renforcer les apprentissages linguistiques en langue cible (les enfants arrivants de France ont aussi besoin d’apprendre l’autre langue).

École bilingue, et du côté des élèves ?

crayons enfantLes élèves non francophones qui arrivent en petite section (3 ans) n’ont curieusement pas de difficultés à s’habituer à l’alternance des enseignants dans leur classe au niveau émotionnel. Pour l’apprentissage du français, les réactions sont plus hétérogènes. Comme pour l’enseignement aux adultes, il y a ceux qui utilisent des mots sans savoir utiliser les structures et qui se frustrent de n’être pas compris, il y a ceux qui commencent par montrer les choses du doigt et se font comprendre par la gestuelle, et il y a ceux qui ne disent rien et dont l’enseignant espère qu’ils absorbent… et si ces débuts sont encourageants, d’autres élèves réagissent tout à fait différemment. Il y a ceux qui en ont marre de ne pas comprendre et qui se réfugient dans l’imaginaire, il y en a qui décident de diriger l’attention sur eux en remuant, criant, explorant chaque recoin de la classe indéfiniment et qui ne suivent pas le groupe. Tout cela est normal, l’apprentissage d’une langue est souvent vécu comme une agression (douce). L’enfant n’est plus dans sa zone de confort et il doit faire le tri des langues, des nouvelles connaissances (car n’oublions pas qu’il y a un double programme à suivre, la langue n’étant pas la finalité de l’apprentissage), les réactions sont diverses et pas forcément positives.

En grande section (5 ans), la plupart de ces élèves non francophones ont bien progressé et ont acquis une maîtrise « naturelle » de la langue, c’est-à-dire que n’ayant pas eu recours à la grammaire explicite (évidemment), ils ont un raisonnement linguistique intuitif proche de celui d’un enfant francophone (sauf pour les genres des mots et les anglicismes). Ils deviennent une référence pour les élèves non francophones entrant dans l’école à ce niveau.

Mais d’autres enfants, ayant suivi les mêmes apprentissages, sont toujours en train de bafouiller et ont du mal à évoluer. Bien souvent, en discutant avec les parents, on peut se rendre compte queclasse maternelle- enseignement des langues cet apprentissage du français n’a pas vraiment de sens pour ces enfants. Car OUI, savoir pourquoi on apprend une langue est important… et OUI, pour les enfants aussi ! Si les parents ont fait le choix du français dans un pays non francophone, c’est souvent parce qu’ils ont une affinité particulière avec la langue ou la culture française. Ils lui accordent généralement de la valeur et de la confiance. Seulement parfois, les parents ont inscrit leurs enfants en école bilingue pour une raison qui n’a aucun sens aux yeux des élèves (parce qu’ils n’ont pas pu scolariser leur enfant dans une école enseignant leur propre langue maternelle, ou parce qu’ils pensent que l’enseignement à la française est plus rigoureux et formera mieux le caractère de leur enfant, ou parfois les parents inscrivent leur enfant en maternelle en école bilingue en sachant que celui-ci ira en école publique non-bilingue dès qu’il aura l’âge d’y entrer… entre autres). Mais le français, dans ces cas-là, n’est ni renforcé, ni valorisé à la maison. La langue cible devient celle de l’école, elle sert à peine à communiquer dans des situations de besoin urgent, l’apprentissage est lent et parfois stagnant, cela devient pénible et l’enfant perd alors la motivation et l’énergie nécessaire à l’apprentissage. Il attend que les journées d’école passent, sans s’y intéresser. Quel dommage !

Dans les écoles bilingues (en tout cas dans ma classe), dès le début de chaque année, je demande aux parents de soutenir l’enseignement français. De faire chanter les chansons et réciter les poésies apprises en classe, de nommer le travail qui retourne à la maison, de s’extasier sur les progrès de leur enfant en français dès que celui-ci exprime quoi que ce soit en français à la maison et cela même si les parents ne comprennent pas la langue. Le résultat est étonnant et la motivation des enfants renforcée. Ils sont très fiers d’eux. Fiers de montrer leurs progrès et d’être soutenus dans leur immense effort d’apprentissage.

Alors oui, tous les enfants peuvent être bilingues, mais non, ils ne sont pas des éponges et si la langue cible est différente de la langue de communication (pour moi le français en milieu anglophone), alors il faut beaucoup d’énergie, il faut surmonter ses frustrations et il faut une grande motivation de la part des élèves pour acquérir un bilinguisme équilibré. Un partenariat entre l’équipe enseignante et chaque famille est toujours la clef de cette réussite.

A suivre …