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Un jeu d’enfants ?

classe maternelle- enseignement des langues Le jour où je suis allée chercher mon fils de 3 ans à la fin de sa journée de « preschool« (l’équivalent de l’école maternelle aux États-Unis) et qu’il s’est écrié « Mummy, Mummy« , je suis restée stupéfaite. Où était mon « Maman, Maman » habituel ? Et surtout, quelle est cette extraordinaire capacité qu’ont les enfants à apprendre à s’exprimer et vivre dans une autre langue ?

Tout le monde le dit, les enfants apprennent les langues d’un claquement de doigt, il suffit de les immerger dans la langue cible, et voilà ! Sauf qu’en réalité, c’est plus complexe.

Cela a pris des mois avant que mon fils ne s’écrie « Mummy« , alors que l’immersion à l’école est totale et que personne n’y comprend le français. En outre, l’école ne propose pas qu’une immersion en anglais, elle propose également de multiples activités qui engagent les enfants langagièrement, physiquement et émotionnellement. L’immersion dans une autre langue que la langue maternelle est une bonne méthode d’apprentissage pour les enfants, mais il ne suffit pas de les entourer d’une langue à longueur de journée pour que l’apprentissage se déclenche et que les résultats soient visibles rapidement. D’autres facteurs entrent en jeu.

Chaque enfant est unique

Tout d’abord, il faut prendre en compte le caractère unique de chaque enfant, de ses expériences précédentes dans sa langue maternelle et dans d’autres langues. Cela implique que chaque enfant va à un rythme qui lui appartient pour apprendre, et cela quelle que soit la langue et son statut (maternelle, seconde ou plus).

Que d’émotion !

Le parallèle avec l’apprentissage de la langue maternelle ne s’arrête pas là. Comme pour l’apprentissage de la langue première, la base émotionnelle est fondamentale pour apprendre une seconde ou une troisième langue. Qui la parle ? Dans quel contexte ? Cette langue est-elle affectivement importante pour les parents ou la famille ? Si l’enfant apprend cette langue hors du contexte familial, pour quelles raisons ? L’enseignant est-il engagé émotionnellement dans cette langue ? Son comportement est-il engageant pour l’enfant (intonations, sourires, regards, écoute…) ?

Communiquer, pour exister et s’affirmer

De même, tout comme pour la langue maternelle, la langue seconde doit servir à parler pour communiquer. Pas seulement pour répéter des mots ou des phrases, mais pour communiquer sur son état physique, ses besoins, ses sentiments, ses envies. C’est un aspect clé de l’enseignement aux adultes au niveau débutant, mais il est crucial chez l’enfant qui apprend la langue (les langues) et construit sa personnalité simultanément. En effet, la langue sert à se construire en tant qu’individu et savoir s’exprimer sur ses besoins, ses envies permet de gagner son autonomie face aux adultes. C’est la force des techniques d’immersion, qui mettent les enfants en situation de communication réelle.

Le jeu, une extraordinaire ressource

enseigner aux enfantsUn autre aspect est également fondamental quand on parle d’enseignement aux enfants, surtout auprès des tout petits, c’est le jeu. Là encore, langue maternelle et langue seconde se rejoignent. Le développement de l’enfant est lié au jeu, notamment le développement du langage. Du dialogue rythmant le jeu de dînette aux commentaires pour soi-même pendant une construction de Lego, en passant par le jeu de rôle sur le thème des pirates ou du papa et la maman, l’aspect ludique est incontournable dans le développement langagier de l’enfant. A travers l’imaginaire, la coopération, le faire-semblant et le rire (encore des sentiments !), il est un incroyable levier. A travers le jeu, l’adulte peut aussi échanger plus facilement avec l’enfant, lui apporter un soutien langagier non négligeable à travers ses interventions et sollicitations. Il peut également dialoguer en utilisant des techniques d’étayage, dans lesquelles il répète les paroles de l’enfant de manière correcte, plus précise ou plus complexe. De cette manière, l’adulte sert plus de modèle que de correcteur et risque moins de fragiliser la volonté d’expression de l’enfant.

Vive le mouvement !

livre de chanson Certaines cultures encouragent les enfants très jeunes à participer à la vie quotidienne de la famille ou de la communauté. Cette participation entraîne dialogue, observation et mouvement. Ainsi est déclenché l’apprentissage de gestes mais aussi des expressions qui y sont liées, le tout dans un contexte culturel très fort. Cela marche ! On compte aussi sur le mouvement pour déclencher ou soutenir l’apprentissage du langage lorsqu’on chante des comptines et que l’on mime les paroles avec ses mains et son corps. Enfin, les pratiques artistiques sont aussi très intéressantes, libératrices de parole à travers le mouvement et la création. Les enfants aiment commenter leurs œuvres en cours puis terminées, les expliquer, en faire le récit.

 

Alors, immersion ou pas ?

L’immersion est donc une technique très intéressante en tant que telle, mais pour être efficace elle devrait prendre en compte tous ces différents aspects. La bonne nouvelle est que si l’immersion totale n’est pas possible, on peut tout à fait enseigner et provoquer l’apprentissage de la langue-cible en calquant ses techniques sur les aspects clés de l’enseignement et de l’apprentissage de la langue maternelle.

Tout cela se révèle valide pour les tout jeunes apprenants. La dynamique change (mêmes si les fondamentaux restent les mêmes) quand les enfants ont déjà une certaine maîtrise de leur langue maternelle et qu’ils commencent l’apprentissage formel de l’écriture et de la lecture. Mais c’est une autre histoire .

Pour continuer la lecture sur ce thème :

  • Barbara ABDELILAH-BAUER, Guide à l’usage des parents d’enfants bilingues
  • La Découverte Laurence LENTIN, Apprendre à parler à l’enfant de moins de 6 ans, Où ? Quand ? Comment ?
  • ESF Jean PIAGET, Le langage et la pensée chez l’enfant
  • Delachaux et Niestlé, La formation du symbole chez l’enfant : imitation, jeu et rêve, image et représentation
  • Delachaux et Niestlé Lev VYGOTSKI, Pensée et langage