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Dans l’article précédent, nous avions proposé des pistes pour préparer et motiver nos apprenants à leur futur apprentissage. Voyons maintenant la phase d’alphabétisation où il est question de rentrer dans le vif du sujet : comment favoriser l’apprentissage du code écrit par nos apprenants.

Alphabétisation : quelles méthodes ?

Le choix de la méthode est en général un problème ! Il ne me semble pas qu’il existe de méthodes miracles ! La solution serait donc l’éclectisme des méthodes (Trait d’Union, E. Collas, Je lis j’écris le français, etc.) : toutes ont leurs avantages et leurs inconvénients. Une chose est sûre, l’utilisation des méthodes pour enfants devrait être à proscrire, d’où la difficulté pour les formateurs de trouver des supports et des ressources adaptés à un public adulte.

L’important est de mettre l’accent sur l’oral. Le fait d’articuler l’écrit avec l’oral rend l’apprentissage du code plus accessible pour l’apprenant. Cela lui donne un sens. On peut citer un homophone comme exemple : « mère//maire ». Ces deux mots se prononcent de la même façon, mais ne s’écrivent pas pareil et n’ont pas non plus le même sens ! D’où une plus grande difficulté pour l’apprenant ! C’est pour cela que, utiliser la méthode syllabique ou phonétique sans insister sur le sens, limitera en quelque sorte l’apprenant.

Autre difficulté, lorsque l’apprenant apprend l’alphabet de façon totalement abstraite et globale, on se retrouve avec un déchiffrage du style : pour lire le mot « bazar » par exemple, l’apprenant va lire : « b-a-z-a-r ». Il faut donc préciser qu’on ne lit pas des lettres, mais des sons. Tout cela implique que l’apprenant découvre dans un premier temps les différents sons, qu’il apprenne à les reconnaître dans un deuxième temps mais également qu’il apprenne à les reproduire. Un travail sur la phonétique du français est donc à envisager, avec des exercices de prononciation et de discrimination. Tout d’abord, l’apprenant doit entendre le son ainsi que sa différence avec les sons les plus proches (discrimination) puis il doit apprendre à le reproduire. Pour apprendre à le reproduire, il doit comprendre comment il est prononcé : position de la bouche, des lèvres et de langue. S’il n’identifie pas dans un premier temps le son et comment il est prononcé, il n’arrivera pas à le reproduire par la suite.

Alphabétisation : un exemple en utilisant la correspondance phonie-graphie

Un travail sur les sons du français est donc très important si on veut éviter que les apprenants lisent la lettre et non le son et/ou le phonème. On peut travailler la correspondance phonie-graphie, en commençant par une lettre = un son/un phonème. J’écris « son », puisque il n’est pas question de parler de métalangage avec les apprenants. Ensuite, on peut s’attaquer à deux lettres = un son (er/ez/et), trois lettres = un son (ain/ein), etc.

Il est important de créer une sorte de rituel pour tous les exercices pour que l’apprenant sache bien ce qu’il a à faire, c’est-à-dire de proposer toujours le même type d’exercices car la compréhension des consignes est en général bien difficile à chaque fois.

On peut donc par la suite, se diriger vers une sorte de méthode globale et/ou systématique en travaillant sur des listes de mots, une fois les différents sons étudiés, sans oublier que les mots doivent TOUJOURS AVOIR DU SENS POUR L’APPRENANT. Si l’apprenant ne connaît pas ou ne comprend pas le mot, cela va être plus difficile pour lui de reproduire le son et donc de l’écrire.

On propose le début du mot ou on le fait lire puis l’apprenant doit chercher à l’oral un mot qu’il connait qui commence par les mêmes sons, ensuite il va l’écrire en fonction des sons entendus, etc. Exemple : on écrit « DO », le stagiaire lit la syllabe, et trouve le mot « DO MINO », il écrit ensuite les lettres qui manquent par rapport à ce qui est prononcé. L’objectif étant de leur faire repérer des analogies, mais aussi des syllabogrammes (les syllabes les plus courantes du français qu’il va mémoriser, cela permet d’aller plus vite pour certains mots très courants et donc de motiver l’apprenant), et qu’il arrive petit à petit à convertir les graphèmes en phonèmes et vice-versa.

  • En voici quelques exemples :

Crédits photos : Photos prises depuis mon smartphone : travail réalisé par des apprenants adultes non francophones ayant le français comme langue seconde, Cayenne, Guyane française, 2014.

(Les couleurs correspondent à chaque fois à un apprenant différent)

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Travail sur le phonème (an/am)

 

Attention, tout de même au stagiaire qui prononce encore un phonème à la place d’un autre. Un Surinamien m’a dit pour un mot qui commence par « POU » (il avait dû mal à prononcer « U ») donc il disait « POUMA » pour « PUMA », etc.

Il apparait donc très difficile de trouver des méthodes, ou LA méthode pour permettre à des apprenants migrants non francophones ou ayant le français comme langue seconde, d’entrer dans le code écrit. Il est très intéressant d’aller voir du côté de nos amis canadiens qui ont beaucoup poussé la réflexion.

Bonne chance à tous ! L’alphabétisation des adultes est un long périple où la patience est la règle d’or !

Et vous, quelles méthodes utilisez-vous ?