Les jeunes enfants, un public en or

panneau attention enfants, enseigner aux enfants  Ce premier article de la section « L’enseignement-apprentissage précoce du FLE » traite des spécificités du public. Il est essentiel de mieux connaître ces chères têtes blondes (ou brunes) car la prise en compte de ces traits particuliers conditionnera les choix méthodologiques et les pratiques pédagogiques à mettre en œuvre.

 La vérité sort de la bouche des enfants

 Avant de confirmer mon choix de travailler exclusivement avec des adultes, j’ai enseigné dans plusieurs contextes à des publics d’enfants de 3 à 12 ans (en contexte FLE ou pas, en France et à l’étranger). Ces expériences auprès d’un jeune public, notamment de tout-petits se sont révélées extrêmement enrichissantes d’un point de vue pédagogique pour plusieurs raisons :

L’enseignement précoce du FLE pose des questions essentielles à l’enseignant qui s’interroge sur sa pratique. Tout d’abord, les jeunes enfants sont un public particulièrement exigeant car contrairement aux adultes, ils n’ont pas la capacité de feindre un intérêt pour une activité qui est inadaptée, qui ne retient pas leur attention ou qui est trop longue. C’est bien connu, « la vérité sort de la bouche des enfants » et on peut leur faire confiance pour nous signifier qu’ils s’ennuient pendant une activité (en allant taquiner leur voisine ou voisin pour chercher un jeu plus amusant, en tripotant le matériel, ou carrément en baillant).

En contexte FLE, j’ai eu la chance de travailler avec des groupes relativement limités (5 enfants pour l’enseignement du FLE à l’école maternelle de Riga en Lettonie et 10 pour l’enseignement de l’anglais en maternelle en France) où une prise en compte de chaque enfant restait possible, mais le maintien de l’attention et la participation active de tous les enfants dans des groupes plus nombreux est un véritable défi.

D’autre part, il est primordial d’insister sur le fait que ce jeune public ne maîtrise pas le code écrit et que ce point essentiel a de nombreuses implications dans les techniques de classe (et dans la dépense physique de l’enseignant(e) !).  Mais tous ces défis m’ont aidée à être d’autant plus exigeante, que ce soit dans mes programmations d’activités et dans leur minutage, ou dans la mise en œuvre de techniques de classe actives basées sur la gestuelle et les mimes par exemple.

Un public en plein processus d’acquisition de sa langue maternelle

Les enfants, âgés de 3 ans et demi à 5 ans et demi, sont dans une phase exponentielle de développement de leurs capacités communicationdessin d'une classe d'enfant - enseignement précoce des languesnelles qui a débuté dès la naissance (communication non verbale, par le regard, le sourire, les gestes, les cris et pleurs…). L’acquisition des bases en langue maternelle se fait généralement entre 2 et 4 ans, mais à ce stade, bien que l’enfant connaisse le maniement de sa langue, il lui reste encore beaucoup de chemin à parcourir.

 Quelques caractéristiques de leur développement linguistique :

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  • Dès 2 ans et demi, ils enrichissent leur vocabulaire de 9 mots par jour et ce, jusqu’à 6 ans environ, et ils créent de nombreux néologismes pour les mots qui leur manquent.
  • Vers 3 ans, ils commencent à utiliser les adverbes, prépositions et conjonctions.
  • A partir de 3 ans et demi, ils ne sont plus indifférents à l’ordre des mots et une désorganisation syntaxique les empêche d’accéder au sens. Ils acquièrent pleinement la structure canonique de la phrase vers 6 ans.
  • Vers 5 ans, ils peuvent faire des phrases de 5 mots et plus…1

 

Cette liste, bien entendu non exhaustive, présente un certain état de la situation de développement du langage dans laquelle se trouvent les enfants dans leur langue maternelle. Elle nous informe aussi sur les conduites langagières que l’enfant connaît déjà ou découvre et qu’il réinvestira dans l’apprentissage d’une langue étrangère. Malgré la difficulté de décrire avec précision ces étapes du développement, il convient de prendre en compte le fait que l’enseignement d’une langue étrangère se déroule en parallèle, voire de façon complémentaire, à l’acquisition de la langue maternelle.

 


1 HAGEGE Claude, L’enfant aux deux langues. Paris : Odile Jacob, 1996

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AuteurPauline Lopez Guzman

Diplômée des Universités Lyon I et Lyon II, j’ai enseigné dans diverses institutions (universités, centres de formation et de recherche, Institut français, écoles primaires et maternelles) en France et à l’étranger (en Lettonie et au Mexique) à des publics variés (professionnels, publics migrants, étudiants, enfants). En poste à New York, j’enseigne le français à des d’adultes travaillant dans le secteur de la coopération internationale. L’ingénierie de formation, la dimension interculturelle et la formation de formateurs m’intéressent particulièrement.