Compréhension orale en classe de fle : Pour une meilleure progression

23 mai Compréhension orale en classe de fle : Pour une meilleure progression

Résumé

En tant qu’enseignant en FLE nous travaillons une compétence, la compréhension orale, qui utilise de nombreux outils contemporains (podcast, chansons, pistes de méthodes etc). Mais peut-être avons-nous un autre rôle à jouer: celui d’informer et d’utiliser des formats sonores favorables à une progression mais surtout à un épanouissement linguistique, émotionnel.
Le mp3, format facile, pratique, rapide à télécharger n’est pas sans inconvénient: saturation, faible entraînement de l’oreille. L’utiliser n’est pas anodin… mais est très rentable pour ses producteurs. Pour travailler avec les étudiants, convertir le mp3 en aiff est possible via des logiciels gratuits; d’autres “freeware” permettent de moduler le son, de le travailler et de livrer ainsi aux apprenants des écoutes très variées: l’oreille n’a pas besoin de tout conscientiser pour travailler, mais elle a besoin de matière et de ne pas être agressée.

 

Le marché comme point de départ

Les marchés vivent pour vendre, leur priorité n’est donc pas de se soucier de la santé (au sens large) des consommateurs. Prenez Apple, qui vend en un trimestre 7 millions d’i-pod et 35 millions d’i-phone. Le marché du téléchargement est donc logiquement florissant et la vitesse est son allié, rotation rapide oblige. Vite charger, vite consommer, vite changer etc. La croissance est à ce prix et l’univers culturel et médiatique s’en frotte les mains. La conséquence: un format son qui est pourtant à éviter…

Origine de la mode mp3, et problème

Principal obstacle au téléchargement, le volume des fichiers reste une contrainte encore importante: à moins de ne télécharger que chez soi et en ethernet, une connexion wifi met un certain temps à transférer une chanson sur votre machine. Un problème pour le consommateur, qui doit vite acheter, ingurgiter, pour passer au produit suivant. Ce problème a été résolu depuis longtemps en utilisant un format beaucoup plus léger, connu de tous, dont on ne parle presque jamais des effets très néfastes, marché oblige: le mp3.

En prenant un format « de base », beaucoup plus lourd (comptez 40 Mo pour une chanson en AIFF, dix fois moins en Mp3), le mp3 est obtenu par un traitement relativement simple de compression et de lissage, qui ignore la diversité du son de départ, sur des éléments parfois difficiles à remarquer pour l’oreille peu habituée. Comprenez: la diversité des sons, que consciemment on a parfois du mal à saisir, mais qui peut faire la beauté d’un morceau, mais aussi la finesse de la prononciation d’une langue, le mp3 l’ignore. (http://www.commentcamarche.net/contents/audio/mp3.php3-).

Face à une législation claire sur le volume maximum des publicités, les annonceurs avaient ainsi trouvé, il y a quelques années déjà, la parade en utilisant le mp3: à défaut de pouvoir avoir un son fort sur les pointes du son, on enlevait les pointes, ce qui permettrait d’élever le tout, au maximum… sans cesse. Inutile de dire que l’oreille n’aime pas cela. Les statistiques d’acouphènes ont un bel avenir devant elles, et on se réveillera sans doute dans dix ans, trop tard, en faisant semblant du côté des journalistes de n’avoir pas su plus tôt.

Conséquences de l’abus de mp3

On sait de source sûre que le mp3 est fortement nuisible sous plusieurs aspects (voir l’article du monde pour direct matin « l’abus de baladeur rend sourd »): en lissant le son, en occultant certaines fréquences (les plus basses, et les plus hautes) afin de parvenir à un format économique, le mp3 pousse à augmenter le volume sans se rendre bien compte des dommages causés. Or, l’oreille a une particularité: ses quelques milliers de cellules ne se régénèrent pas. En tant que linguiste, notre problème est pourtant ailleurs: les spectres sonores audibles des langues sont très différents entre eux, et notre oreille a besoin de temps, de travail pour intégrer, saisir les nuances de l’autre langue. C’est un travail formidable, dans lequel la musicalité joue un rôle essentiel. Y prendre du plaisir n’est pas « décoratif », mais très important, car l’émotionnel est comme souvent prépondérant. Évitons donc d’utiliser du mp3 ou convertissons-le en un autre format: c’est simple, rapide, et ça change tout.

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Eddy Mannino

Diplômé en gestion privée, FLE (master 2), formé en psychologie, j’ai surtout un cursus de philosophie (option épistémologie) qui m’a apporté l’essentiel de mes outils. J’ai enseigné en République tchèque (+ direction d’Alliance Française). Actuellement enseignant à l’ILCF de Lyon, je suis principalement passionné par les enjeux cognitifs de l’enseignement, ainsi que par les modèles d’apprentissage. J’intègre de manière croissante intelligence émotionnelle et grammaire topologique à mon enseignement.